LES FRANçAIS À TURIN EN 1911
EXEMPLAIRE N° 7 3 LES ' . FRANçAIS A TURIN EN 1911 PARIS IMPRIMERIE NATIONALE MDCCCCXII
PI. I. u -o ,..
,. LES \ FRANçAIS A TURIN EN 1911. IMPRESSIONS D'ARRIVÉE. LA VILLE. ON l'a souvent remarqué : rien ne nous prépare mieux que le dérugrement à gouter l'intérèt de certains speétacles & leur beauté. Il y a au fond de la plupart des esprits un besoin d'ètre équitables, une joie de résister à l'injustice. On nous dit : « Vous allez voir une chose qui vous déplaira. N'oubliez pas qu'elle vous déplaira, & que vous vous ennuierez vite à la contempler ! Je vous le prédis. Je vous le promets. Rien n'est plu ennuyeux, plus fade, & d'une pire banalité que ce que vous allez voir. >> On se rend avec un peu d'inquiétude au speétacle annoncé. On regarde... & l'on est étonné d'abord de n'y point éprouver tant de déplaisir. On regarde mieux, & la surprise grandit; & l'on s'aperçoit qu'on ne s'ennuie
2 LES FRANçAIS pas le moins du monde; que, meme, on s'amuse un peu, beaucoup; & la satisfaéHon ressentie est cl'autant plus vive qu'on l'attendait moins. N'est-ce pas là l'impression que beaucoup d'entre nous ont ressentie après qudques heures de promenade dans Turin? Des Pari iens blasés, des artistes épris des rares beautés qu'à Rome, à Venise, à Florence, à Naples, l'Italie nous prodigue, avaient dit aux Français qui, naguère, se rendaient à l' Exposition du Cinquantenaire : «Turin ne vous intéressera pas. Turin est une ville ennuyeuse... » Et l'on nous décrivait avec dédain la grande cité plate, géométrique, avec ses rues monotones, ses alignements de maisons sans beauté, ses tramways encombrants, se carrefours hérissés de statues politiques : les souvenirs du Risorgimento. «V ille d'industrie... ville moderne...>> Les poètes meme qui l'ont aimée ne semblaient-ils pas avouer ce qu'il y a de mélancolique en son aspeéè? Et l'on nous rappelait les paroles d'Antonio Fogazzaro : «Je te salue, Turin, ville sacrée aux antiques espérances, première législatrice & guerrière de la liberté : Toi qui alignes, entre le P8 & la Doire, des maisons propres & uniformes comme autant de soldats bien disciplinés... Rappelle à l'Italie tes antiques coutumes austères, droites comme tes rues...» C'est vrai. La topographie de l'antique Tcmrasia n'est pas de celles qu'un artiste qualifìerait d'amusante, & nos «Amis du vieux Paris», pour qui la beauté d'une ville réside principalement dans le désordre de son dessin & la vétusté pittoresque de ses immeubles, ne trouveraient pas à Turin de quoi se satisfaire. Un grand nombre d'étrangers, que l'Exposition de 19n y amenait pour la première fois, n'ont pas eu l'imPI. TI. '- :::l o u
À TURIN EN 191 r. 3 pression, cependant, que le speétacle en ffit si monotone. Ils ont, à première vue, aimé de Turin ses jardins, ses cours, ses vieux h6tels seigneuriaux, la gdce de ces portiques bas, dressés au seuil des rues, la commodité de voies spacieuses où la foule, si pareille à nos foules méridionales, répand comme une incessante joie de vivre... Gagnant l'Est, ils ont vu, du couvent des Capucins, &, mieux encore, des hauteurs de Superga, Turin déployer au-dessous d'eux !'immense tapis sombre de ses con truétions; & cette ville, aplatie au bord de son Beuve, semble en effet - Fogazzaro l'indique très justement - un champ de mana:uvres, dont, à perte de vue, de silencieux régiments de maisons couvriraient en masses serrées le territoire. L'EXPOSITION. Mais ce n'est pas là encore le plus intéressant morceau du speétacle offert par la capitale sarde à se visiteurs. A la lisière de la vieille ville, sur la rive gauche du Beuve, trente heétares de pare étalent le riant panorama de leurs massifs, de leurs futaies, de leurs pelouses Reuries; en face, sur la rive droite, à perte d'horizon, la masse verdoyante des collines, dominant le P6; &, dans ce cadre d'agreste beauté, le plus inattendu des tableaux : une cité toute neuve, aux aveuglantes blancheurs; entassés au bord de l'eau, des palais, des pavillons, des villas, toutes les architeétures confondues dans la lumière du soleil, & au-dessus desquelles la brise agite les «couleurs» de vingt nations. C'est ici l'Exposition, la dernière improvisationdes Turinais ! I.
I I 4 LES FRANçAIS Ceux qui doutaient que Turin valut un voyage furent vite rassurés; & nous nous rappelons l'air de surprise ravie de tous ceux qu'y avaient amenés leurs intérèts ou la simple curiosité: «C'est étonnant, ce qu'ils ont fait ici ! » Admirable, peut-ètre; étonnant? non pas. Car ce n'était point un coup d'essai, & les Turinais bénéfìciaient là d'une expérience récente & brillamment acquise. D'autres succès les avaient préparés à celui-ci. En 1884 & 1898, ce mème pare du Valentino avait été l'emplacement de deux expositions déjà; de deux expositions nationales, & dont, il est vrai, ne s'était guère occupée la chronique européenne. Les expositions de 1884 & de 1898 avaient été des fètes de famille. Elles , . . . . /\ n en const1tua1ent pas moins pour nos am1s un entratnement excellent; elles avaient été, pourrait-on dire, l'exercice dont, en 19n, ils mettraient à profìt les leçons, & gdce auquel allait ètre réalisée l'ceuvre superbe où tous les peuples étaient conviés à devenir les collaborateurs de l'Italie: une Exposition intemationale & universelle, développée sur une superficie de cent vingt heétares ! FRANCE ET ITALIE. LES SOUVENIRS. Cette collaboration, est-il besoin de le dire, était pour notre pays d'un intérèt tout particu:Uer. La commémoration des événements de 1859 & de la fondation du royaume d'Italie, c'était pour nous aussi une fète, PI. III.
A TURIN EN 1911. 5 la fète de l'amitié franco-itaUenne; une amitié dont les péripéties - de Pépin d'Héristal à Napoléon III! - furent nombreuses & prodigieusement diverses, & qui connut mème des vicissitudes plus récentes. La campagne de 1859 fut, dans l'histoire de cette amitié, une phase très belle, très heureuse. Elle fìt de nou , à còté de nos frères latins, les artisans d'une «résurreétion» latine; & quand, le 17 mars 19n, s'assemblèrent au mole Antonelliana, dans Turin, pour y fèter le Cinquantenaire de l'Unité italienne, les maires de toutes les communes de l'ancien royaume de Sardaigne, on put dire que c'était fète aussi pour les régiments français sur les drapeaux desquels s'inscrivent les noms de Magenta & de Solférino. Le hasard a parfois de l'esprit. Cette Exposition du Cinquantenaire vers laquelle les souvenirs d'hier nous portaient si naturellement, il l'a située dans un décor qui est lui-mème comme un petit morceau de terre française. Ce pare admirable sur le territoire & aux abords duquel s'éleva l'Exposition emprunte son nom au chateau vénérable qu'il enveloppe & dont il est «le jardin ordinai.re» : le chateau du Valentino. Ce chateau est aujourd'hui, & depuis une cinquantaine d'années, l'Académie miljtaire de Turin; mais ce n'était point à l'enseignement des arts de la guerre qu'était primitivemem destiné ce palais aux pignons altiers, aux monumentales toitures d'ardoise, dont la cour d'honneur, encadrée de portiques bas d'un si joli dessin, composait au seuil de l'Exposition le décor le plus prestigieux qu'on pilt souhaiter, & qui déployait du còté du Reuve, au-dessus de nos construB:ions pavoisées, la si :6ère silhouette de ses murs rouges; -murs de briques rouillées par près de trois siècles de solei.I &
6 LES FRANçAIS de pluie. Ce chiteau, biti au milieu du xv1e siècle par la femme d'un président du Parlement de Turin, Valentine Salbiano, fut, quatre-vingt-dix ans plus tard, la résidence d'une régente du Piémont, Marie-Christine de France, fìlle d'Henri IV & de Marie de Médicis, veuve de Viéèor-Amédée IL La construél::ion en avait été interrompue. La princesse française ordonna qu'elle fut reprise, & vint en 1640 s'y installer avec sa cour. Elle avait attaché à cette ceuvre française un architeél::e & des artistes français, &, par un hasard singulier, quand le pare du Valentino ( qui n'existait point à cette époque & ne fut planté que vers 1836) dut Ètte agrandi & transformé, au lendemain de la campagne d'Italie & au moment où le chiteau du Valentino devenait une école, c'est encore à un Français, au ma1tte jardinier de la ville de Paris, Bariller-Decamps, que fut confìée cette restauration. A l'Exposition de Turin, nos construél::ions françaises furent la parure de ce jardin. C'est à l'ombre de la maison de Marie-Christine de France que s'élevait le pavillon de nos colonies; & notte « grand palais » fut un de ceux qui, sur l'autte rive du Reuve, lui faisaient face. Nous n'avions clone que des raisons de nous sentir, à Turin, un peu chez nous. Cette exposition, les événements qu'elle allait célébrer, la place mÈme où on l'installait, c'était pour nous mieux que des fjeé!acles : e'était l'évocation de quelques épisodes importants de notte propre histoire ... (1J. < 1 ) A Rome, nous eussions moins bien goilté le plaisir de telles évocations. Entre Italiens & Français, les souvenirs pié111ontais sont comme le trait d'union des ca:urs. Les souvenirs ,-0111ains (18471871) ont un caraél:ère un peu différent. .. Aussi l'Exposition du Cinquantenaire n'était-elle, pour nous, vraiment à sa place qu'à Turin. Pl. Iv. < ..-1 V, V,
I' I À TURIN EN 1911. 7 LA GENESE DE L'CIEUVRE. L'idée d'une Exposition internationale n'était pas cependant venue spontanément à l'esprit des Italiens. On avait pensé tout d'abord à commémorer par des fetes - sans préciser le quelles - le Cinquantenaire de l'Unité italienne. L'initiative en avait été pri e par une importante association, l'Union libérale monarchique, à laquelle, tout de suite, l'éminent sénateur Tomaso Villa avait apporté le concours de sa belle aéì:ivité, de sa chaude éloquence. En meme temps, l'Association de la Pres e subalpine lançait une autre idée intéressante : celle de célébrer par une exposition spéciale du Journal & de l'Art typographique le centenaire de l'homme qui fut le génial ouvrier de la « Résurreéì:ion » de l'Italie, -de Cavour. De la rencontre de ces deux initiatives allait sortir une idée plus vaste & plus précise à la fois. Au mois de mars 1907, des conversations s'engageaient entre MM. Nathan, syndic de Rome, Frola, syndic de Turin, Tomaso Villa, & quelques éminentes personnalités de la capitale piémontaise; & il fut convenu que le Cinquantenaire serait célébré par deux Expositions internationales : une Exposition d'Art, qui s'ouvrirait à Rome, & une Exposition de l'Industrie & du Travail, qui aurait son siège à Turin & dans laquelle se trouverait naturellement comprise cette Exposition du Journal & de l'Art typographique dont le comte Orsi, président de l'Association de la Pres e subalpine, avait primitivement lancé l'idée. Le projet, soumis au Roi, était aussit�t agréé, & le souverain acceptait le haut patronage des deux Expo-
À TURIN EN 1911. 9 qu'on avait formé; cependant fallait-il que le merveilleux décor ffit agrandi à la mesure de l'ceuvre elle-mÉme, des néce sités nouvelles qu'elle comportait, de l'idée mÉme qu'il s'agissait de célébrer. Car la campagne de 1859 ne fut pas seulement un aé1:e de libération politique, il fut le commencement d'un extraordinaire essor économique & socia! de l'Italie. L'Italie, à la veille de devenir Royaume, comptait vingt-cinq millions d'habitants. Elle en compte trentesix millions aujourd'hui; au total, plus de quarante millions de sujets, si l'on ajoute à l'e1feé1:if de se habitants celui des émigrants gdce à qui, chaque année, un peu d'Italie va se mÉler aux Amériques. Turin ne pouvait pas ne pas participer à ce progrès. En cinquante ans sa population a presque doublé. Elle est de quatre cent mille �mes. Ce n'est pas tout. Autour de certe population plus nombreuse, plus laborieuse, plus ambitieuse, plus riche, des nations éuangère allaient Étre invitées a se grouper. En mÉrne ternps qu'elle célébrait le cinquantièrne anniversaire de son avènement à la condition de grande puissance, l'Italie se trouvait clone en préence de devoirs nouveaux à remplir. Elle était, à Turin, une ma:Ìtresse de maison dont le train de vie est devenu plus lourd, dont les obligations mondaines se sont accrues, & à qui ne suffisent plus, pour << recevoir », ses alons d'autrefois. Les réceptions de 1884 & de 1898 s'étaient données sur les trente heé1:ares du pare Valentino. Mais e'était bien de trente heé1:ares qu'il s'agissait à présent ! on en réclarnait plus de cent. Où les trouver? On les trouva a1do11r du Valentino; & ainsi s'est improvisé - pour la surprise & l'enchantement de tous
IO LES FRANçAIS les yeux - le plus ravissant décor d'Exposition dont aucune capitale, hormis la notre, ait jamais donné le peé1:acle à ses visiteurs. Trois in9énieurs furent chargés par la Commission exécutive d en dessiner cl'abord le plan général. C' étaient MM. Fenoglio, Stefano Molli, qui fut à Turin, en 1898, l'architeéte de l'Expo ition de l'Art sacré, & le comte Salvadori de Wiesenhoff, le très distingué metteur en scène de la seé1:ion italienne à notre Exposition de 1900. Leur plan fut d'une adrnirable simplicité : il comprenait, sur les deux rives du Po, tout 1 e pace compris, du nord au sud, entre le pont Humbert re,· (l'entrée principale de l'Exposition) & les faubourg qu'on voit commencer immédiatement au delà de la Cinta Daziaria; & de l'est à l'ouest, tout le territoire que limitent le cours Massimo d'Azeglio sur la rive gauche du fleuve, &, sur la rive droite, la route nationale de Moncalieri. Sur les cent vingt heé1:ares ainsi assurés à l'Exposition, trente-cinq allaient Ètre couverts. Le reste, c'étaient le fleuve, les routes, les jardins : une fete de verdure & d'eau, sous le ciel d'Italie. LA PARTICIPATION FRANCAISE. � A cette fete, ou étaient conviées toutes les nations - meme la Turquie, qui ne devait etre rayée que beaucoup plus tard de la liste des invités - la France se présenta la première Pl. VI. e o µ o o.. X fi-1 <.) o e
À TURIN EN 191r. 11 Au mois d'aoti.t 1908, le Comité français des expositions à l'étranger déléguait à Turin le président de son Comité d'études, secrétaire général du Comité français, M. Roger Sandoz, qui, d'accord avec M. Barrère, notre ambassadeur, & M. Pralon, notre consul à Turin, entrait en pourparlers avec M. Tomaso Villa. Le pare du Valentino & les deux berges du Pò ne présentaient à ce moment que de délicieux ombrages & de pittoresques dénivellations; mais MM. les ingénieurs italiens y avaient déjà travaillé. Le plan de l'Exposition était arreté dans ses grandes lignes, & le lotissement en était commencé. On n'attendait plus, pour l'achever, que l'adhésion des puissances étrangères. Et nous arrivions bons premiers ! En efiet, on n'ignorait pas à Turin que la démarche du Comité français - bien que ce Comité ne f-t1.t pourvu d'aucun mandat ofE.ciel - précédait l'adhésion, promise en principe, duGouvernement. On causa clone, & de ces premiers entretiens sortait, un peu plus tard, la convention qui porte la date du 21 décembre 1908. Elle réservait à la France un des plus beaux emplacements de la rive droite : l'un des deux grands palais que les Italiens projetaient de construire à l'extrémité du pont monumental, édifìé luimeme à l'occasion de l'Exposition, & qui en allait tracer d'une rive à l'autre la voie triomphale. On nous promettait en outre deux terrains dans le pare du Valentino. Sur l'un d'eux devait s'élever plus tard le pavillon des Colonies. On échangea l'autre. L'afiaire était « accrochée ». Six mois plus tard, en février 1909, une seconde délégation du Comité français venait poursuivre à Turin l'reuvre commencée. La Commission exécutive turinaise avait fait à nos
12 LES FRANçAIS compatriotes le plus cordial accueil. MM. Villa, Bianchi, Enrico Boyer, ses président & vice-président; son ingénieur, plusieurs de ses membres, le architeéì:es de l'Exposition; MM.Sacheri,Scarfìotti,Sclopis, de Polonghera, Molli, Salvadori, d'autres encore, avaient prononcé les paroles fraternelles, les compliments de bienvenue qui rapprochent & qui engagent. Et cette seconde rencontre avait abouti à une nouvelle convention : celle du 30 novembre 1909, qui réglait les questions essentielles d'aménagement, de transport, de classement, de douanes, accordait à laSeéì:ion française la «manutention intérieure gratuite», & nous garantissait l'occupation de vùigt-troi.r mille mètres carrés. L'ADHÉSION OFFICIELLE. LES DÉC RETS. L'adhésion officielle du Gouvernement français était parvenue à Rome. L'année 1909 fìnissait. Le 12 février 1910, le Président de la République signait deux décrets : l'un, qui nommait Commissaire général du Gouvernement français à Turin M. Stéphane Dervillé; l'autre qui conférait, officiellement cette fois, au Comité français le soin d'assister le Commissaire général dans la préparation de l'ceuvre dont la direéì:ion souveraine lui était laissée. En voici le texte : Le Commissaire général est chargé, sous la haute autorité du ministre du Commerce & de l'Industrie, des rapports entre le Gouvernement français & le Gouvernement italien, en ce qui concerne l'Exposition internationale des Industries & du Travail de Turin, PI. VII-VIII. u u .... u 8 8 o u
À TURIN EN 1911. en 1911; il a la direélioo de cous !es services & preod toutes les mesures admioistratives nécessaires pour l'organisation de la participation française. Le Comité fraoçais des expositioos à l'étraoger est chargé de recruter, d'admettre & d'installer les exposants sous la direélion & le controle du Commis aire géoéral. Les comités d'admission & d'iostallation sonc composés de membres oommés par le Commi saire général, sur la préseotation du Comité français des expositions à l'étranger. Les membres du Jury sont nommés daos !es memes coodicioos, sur une liste présentée par le Comité français des expositions à l'écraoger & comprenant un nombre de candidats au moins double des jurés à nommer. .. Les expositions spéciales, telles que celles des : Maoufaélures natiooales, les Rétrospeélives, les concours de sports, les concours • l \ l \ d d 'l ' I d • I tempora1res, es congres, re everont e e egues ou e com1tes spéciaux nommés par le Commissaire géoéral & fonélionnant direélement sous ses ordres & son controle. Ces décrets rendu , le Commissaire général con tituait son état-major. Suivant la proposition de M. Stéphane Dervillé, un décret avait conféré à M. Eugène Pralon, consul de France à Turin, les fonél:ions de Commissaire général adjoint; & une telle collaboration était, en effet, la plus utile qu'on pCi.t souhaiter. La suite de «l'état-major» était composée de la façon suivante: Secrétaire généra!J M. Auguste Masure; Infpeé!mr gfnéra� M. Eugène Hatton; Architeé!e-co11sei!J M. Louis Bonnier; Chefdtt contentimxJ M. Georges Goy; AttachésJ MM. Robert Delaunay-Belleville, Henry de Douvres, Philippe Richemond, Guillouet. Les rapporteurs généraux de la Seéì:ion française, nomméspar le Commissairegénéral,étaient MM. Emile Berr& G.-Roger Sandoz; M. Dreyfus-Bingétaitnommé rapporteur adjoint.
14 LES FRANçAIS Sous la direB:ion & le contr6le du Commissariat général, devait maintenant s'organiser la collaboration du Comité français. Nous avons dir de quelles fonB:ions ce Comité se trouvait investi. En fait, ce n;était pas à son conseil de direB:ion, présidé par M. Emile Dupont, qu'allait incomber la dche_de recruter & installer à Turin nos exposants. Il est d'usage que, pour chacune des expositions qu'il prépare, le Comité français délègue ses pouvoirs à une sorte de sous-comité spécialement constitué en vue de cette préparation. Ce sous-comité, dit « Comité d'organisation de la SeB:ion française», fut, pour Turin, composé, d'accorci avec le Commissaire général, de la façon suivante : Présidmt, M. Léopold Bellan ; Vice - Présidents , MM. Lourties, Mérillon, Saint-Germain, Viger; Me111bres, MM. lecomte Armand, Coignet, Donckèle, Estrine, Guillain, Hetzel, Isaac, Jeanselme, Kester, Charles Legrand, Loreau, Maguin, Mascuraud, Gaston Menier, J. Niclausse. Secrétaire géllér al, M. de Pellerin de Latouche; Secrétaires ghiéraNx adjoints, MM. Tanon & Vinant; Trésorier, M. Achille Brach; Trésorier adjoint, M. Jean Guiffrey; Secrétaires, MM. Léopold Appert, Roger Bouvard, Brunet, Carré, Debauge, Godard Desmarets, Lesueur, Manant, Mascré, Pirel, baron Thénard & Vaslin. / Délégué du Co111itl, M. Emile Cère; Architeéfe en chef, M. Joseph de Montarnal. Voilà clone, de part & d'autre, nos états-majors constitués. Comment, dans la pratique ( nous insistons sur ces détails, parce qu'ils sont peu connus ou mal compris, en dehors du monde spécial des expositions), comment le Commissariat général, agent de direffion, & le Comité PI. IX-X. ._; Li X µ.l (./) _J
A TURIN EN 191 r. d'organisation de la Seélion française, agent de préparation, allaient-ils associer leurs efforts respeétifs en vue de l'ceuvre commune à entreprendre? Par l'intermédiaire des secrétariats généraux. Les secrétariats généraux seront les organes de communication au moyen desquels s'établiront jour à jour, entre les deux états-majors, la bonne marche & la coordination du travail; & la direétion de tels services, on s'en rend compre, sera clone de part & d'aurre une tache délicate. Elle fut remplie par M. Auguste Masure, du c8té du Commissariat général, avec une aétivité & un dévouement justement remarqués. Du c8té du Comité français, les fonétions du secrétaire général empruntaient une importance particulière à certe circonstance que M. Léopold Bellan, alors président du Conseil municipal de Paris, devait, pendant toute la période d'organisation de la Seétion française, se trouver fréquemment retenu loin du Comité par d'autres taches publiques importantes. Le labeur & la responsabilité du secrétaire général s'en trouvaient accrus d'autant. Et l'on sait aujourd'hui avec quelle énergie, quelle ingéniosité & quelle bonne grace M. de Pellerin de Latouche sut mener à bien l'a:uvre fort lourde dont il était chargé. Aussi bien ne saurait-on faire un meilleur e1oge de cet état-major de Turin qu'en dit.ant qu'il fot digne de son chef; mais n'est-ce pas justement le propre de ceux qui savent commander, de savoir choisir ceux par qui leur volonté sera comprise & obéie?
16 LES FRANçAIS LE COMMISSAIRE GÉNÉRAL. Le chef, à Turin, était excellemment the right 111a11 in the right piace. M. Stéphane Dervillé apportait à l'a!uvre le prestige d'une très haute situation personnelle & d'une exceptionnelle autorité technique. Grand industrie!, président du conseil d'administration d'une de nos plus importantes compagnies de chemins de fer, régent de la Banque de France, président ou administrateur de plusieurs sociétés fìnancières ou commerciales considérables, ancien pré ident du Tribunal de commerce de la Seine, ancien direéèeur général des seéèion française à l'Exposition de 1900, L Stéphane Dervillé déposait, si l'on peut dire, dans la corbeille de la Seéèion française, deux cadeaux d'une valeur inestimable : ses relations, - les amitiés puissantes & E.dèles gr�ce auxquelles allait nous Ètre assuré, sur un simple signe du chef, le concours des élites de la grande administration, de la grande industrie, de la haute E.nance; & enfin les sympathies personnelles très vives d'une autre élite, - celle des organisateurs italiens de l'Exposition : ministres, syndics municipaux, membres du Comité général de Rome & de la Commission exécutive de Turin. Qg_elques-uns étaient, avant l'Exposition, des amis personnels de notre Commissaire général; les autres ne demandaient qu'à le devenir. Le Français qui venait à eux, parfaitement informé des choses de leur pays (M. Dervillé avait été vice-président du jury supérieur à l'Expo ition de Milan), ne possédait -il pas à fond leur langue? N'était-il pas citoyen de Carrare, & le chef de la grande voie de Pl. XI. M. Stéphane DERvrLLÉ, Commissaire général du Gouvernement français. Cliche Nadar.
A TURIN EN I91 I. pénérration qui unit les nations-sa:urs? Fin lettré, grand arnateur d'art, notre Commissaire général n'incarnait-il pas upérieurement aux yeux des Italiens le charme & la force de ce génie latìn en qui s'unissent si naturellement ramour de l'aéHon & le gout du reve? Ajoutez à cela la upreme condition d'inRuence: je veux dire l'évidence du sentiment de désintéressement personnel dans lequel une si lourde t�che avait été acceptée. Les Italiens avaient très bien senti cela, & ce fut là, en effet, l'une des causes qui semblèrent déterminer, dès qu'il fut que tion de le déléguer à Turìn, le consentement de M. Stéphane Dervillé. Il était agréable à M. Dervillé de se sentir très amicalement attendu dans un pays qu'il aime, & gue peu de Français connaissent au i bien que lui. Il plaisait également à son patriotisme d'aller entreprendre chez nos amis une besogne qui pouvait etre utile au pays; & enfìn n'est-il pas possible ( c'est une simple supposition que fìt en févrien910, à part oi, plus d'un ami du nouveau Commissaire général), n'est-il pas possible qu'à ces divers sentiments un ecrer mouvement de très légitime orgueil professionnel e soir melé? Qg'au moment où il s'agissait de confìer à un Fr:rnçais considérable par ses titres, sa situation & son autorité personnelle, l'honneur de représenter officiellement notre pay à l'étranger, le choi.,-y_ du Gouvernement se ffi.t fìxé d'abord, & avec une sorte d'empre ement cordial, sur le «patron)) d'une des plus puissantes de nos compagnies de chemìns de fer, & gu'ainsi ffi.t rendu à la corporation tout entière, en la personne d'un de ses grands chefs, le plus honorable, le plus Hatteur des hommages, ce n'était fas pour déplaire a M. Stéphane Dervillé, qui est, en meme temps qu'un patriote, un homme d'esprit.
18 LES FRANçAIS LES ITALIENS ET NOUS. LES DERNIÈRES NÉGOCIATIONS. Aussitot nommé, & après qu'il eut rédigé son Règlement général, ]e nouveau Commissaire général allair à Turin prendre contaB: avec notre consul & les autorités italiennes. Le décret qui venait de faire de notre consul nommé commissaire général adjoint, le premier collab�rateur de M. Stéphane Dervillé, était la juste consécration des titres que, depuis deux ans déjà, sous le controle aB:if de notre ambassadeur, M. Eugene Pralon s'était créés à l'estime reconnaissante du Gouvernement français. Ce Commissaire général adjoint allait aider son chefà poursuivre & menerà bie� l'ceuvre c�� mencée. Mais pour cela la bonne volonte des autontes italiennes était nécessaire aussi. M. Stéphane Dervi1lé eut tot fait de la conquérir. Il avait retrouvé à Rome, au Comité général, il retrouvaità Turin, dans la Commission exécutive, des amis dont il avait éprouvé les sentiments cordiaux à l'Exposition de Milan; & à coté d'eux, des homrnes que sa connaissance des choses de l'Italie & ses sentiments «franco-italiens» allaient vite séduire. En quelques semaines, il était devenu, à Turin, l'un des auxiliaires les plus écoutés, l'aflocié que tous s'ingéniaient à contenter. Car ce que M. De : villé demandait, il le demandait pour la France; mais les Turinais cornprenaient très bien que ce que M. Dervillé demandait pour nous, il y avait intérÈt pour eux- " ' ' 1 1 • d" memes a ce qu on e u1 accor at... À TURIN EN r91r. On se rappelle ce qu'avaient été !es conventions signées par le Comité français : elles nous garantissaient l'occupatton d'un des emplacements les plus beaux de l'Exposition : celui du grand palais situé sous le Chateau d'eau à l'une des extrémirés dL1 pont monumental, en face d'u� autre grand palais que devait occuper l'Allemagne. Ce palais, par sa situation & ses dimensions, 'offrait comme le point de concentration le plus commode de nos « industries diverses »; mais il avait l'inconvénient de n'Ètre desservi ni par les forces motrices ni par les voies ferrées de l'E � position; � il n'était, e _ n outre, ni assez vaste, ni peut-etre assez solide pour servir de logement à ce qu'on appelle les industries pondéreu es. (Il avait été construit par nos amis turinais un peu hativement, sur pilotis, & au moyen de matériauxnous permettront-ils de le rappeler sans amertume? - dont l'imparfaite résistance nécessita à plusieurs reprise l'intervention de nos propres architeB:es.) Heureusement, sur les deux rives du Po, avaient été édifié par la Commission exécutive, & dans de parfaites conditions de sécurité, des palais internationaux où les indu trie pondéreuses des exposapts de tous pays - Chemins de fer, Automobilisme, Electricité, N!éta1lurgie, Travaux publics - allaient trouver, en �Ème te�ps que les spacieux logements dont elles avaient be�orn, les foyers d'énergie motrice indispensable _à plus1eu:s d'entre elles. Sur tous ces pomts furent rap1dement re servé à la SeB:ion française les avantageux emplacements que son Commissaire général réc1amait. Il arriva;t bie � quelquefois, i! arrivai\ mÈme souvent qu: MM. Stephane Derville & Eugene Pralon deman�;u�nt un p �u plus qu'on ne pouvait leur accorder. .. C etait leur role de ]e demander, c'était le droit des concurrent de se 2.
20 LES FRANçAIS défendre. On di cutait... & ces amicales petites batailles aboutissaient à un accord qui jamais ne fut désavantageux pour nou . Ce fut un amusant speétacle, vraiment, que celui de ces négociations menées « tambour battant>> par un Commi saire général dont l'avidité souriante, & jamais satisfaire, était a la fois la terreur & la joie des commi saires turinai ! Leur terreur... car n'allait-011 pa faire bien des jaloux en nous accordant, à nous, trop libéralement ce qui, peut-etre, était convoité par d'autres? Leur joie... car cette avidité meme n'était-ellc pas la preuve que la France entendait faire honneur à l'hospitalité de a sceur latine, & la promesse de « réalisation » dont le succès ne pouvait que profiter à celui de l'Exposition tout entiere? UNE VJLLE FRANçAISE AU BORD D'UN FLEUVE ITALIEN. Ouvrons un pian de cetre Exposit1on.Nous yvoyons, sur la rive gauche du Reuve, en aval & en amont du pont monumental, le loog de berges & du vallonnement qui relie l'entrée de ce pont au monument du Prince Amédée, se développer le plu joli morceau du pare du Valentino. La salle des Fetes, qui marquait, en quelque façon, le centre mo1Jde1i;1 de l'Exposirion, domine l'exquis décor de végétation dont ce territoire est paré. çà & la, parmi les massifs & les pelouses Reuries, - d'un bouquet d'arbres à l'autre - un carrefour; la tache d'un terrain nu... trop peu étendu pour qu'une Pl. XII.
A TURIN EN 1911. 21 installation de groupe, ou seulement de classe, y ffit possible; assez vaste pour que s'y pfit encadrer commoS::d:n5uL'fL6e',8fanc;¢/€;;?.e.ixdpL::LrtLi:nu:earst:::e]Liree.pe:1:: ®,, ¥LeLL:e{rap:Z::Ss:iaenpda:g;L]LeerLSo°nu£Cdeesg::ns€Sn:Lrebr:el'eapuatr°c:: ~, :oeu:fi:::Sat¥£dfioc::'chdaecsufafvfi£:1:::ice:°nu;esjyj:Sb¥au€:, ou de grace frangaise offert a ]a vue des passants, c'e'tait assurer du coup le triomphe de la Section. Sans tarder, M. Derville' 8c ses collaborateurs se mirent a 1'ceuvre. On avait la, sous la main,1e morceau unique3 il importait de ne point laisser quiconque s'en emparer. Et pendant des semaines, ce fut la chasse aux terrains. . . « Je prends celui-ci. . . & celui-1a. . . & cet autre. . .» On de'- battait les pri¥;. on payait5 il arriva ¥erpe plusieurs fois que le de'voue inspefteur du Commissariat, M. Hatton, pre'pose' a ces ne'gociations par M. Ste'phane Derville', paya comptant, 8c de sa poche, peur aller plus vite, :epr::::i),:¥Loa:eLToenn:Sfitqeyte9nde;sS:ive;aL:u::'S:roe':a£::n;: ® un concurrent s'installat. Mais la question n'e'tait pas que d'acque'rir des terrains. 11 fallait y placer quelque chose, & que €hacune de ces expositions particuliefes ajoutat un c/oz¢ a-1'Exposition ge'ne'rale de la Section. Et c'est alors quet`s'engageaient des dialogues admirables. Le Commissaii-e ge'ne'ral amenait a Turin quelque riche industriel de ses amis, - celui dont secretement il s'e'tait jure' de conque'rir la collaboration. - QEe dites-vous de ce pays`age, d? ce c?in de parc, du cadre que font ces arbres a ce petit terrain nu? - C'est ravissant. - Vous devriez batir ici quelque chose.
22 LES FRANçAIS Et exposer? Naturellement. Pourquoi voulez-vous que j'expose? Je sais que vous n'avez rien à attendre, en eflet, de ce sacrifìce. Vous Ètes aussi copieusement récom- / ' l'" /l'b pense qu on peut etre; votre marque est ce e re... / - Les droits de douane me ferment les marches d'Italie. - Parfaitement. Tout cela prouve qu'en venant ici vous n'aurez pas eu d'autre pensée que celle de r endre service à vos compatriotes, & de me faire plaisir... L'ami se débattait, furieux & Hatté. - Savez-vous ce que coltterait une fantaisie pareille? Terrain, construéhon, marchandises, & le reste? Plus de cent mille francs, mon cher. Vous Ètes assez riche pour les dépenser. - Maisnon. - Mais si. Et puis je vous jure que c'est une bonne aél:ion. Affaire conclue? L'ami essayait encore une vague défense, & rentrait à Paris, vaincu... Huit jours après, il envoyait son architeél:e à Turin, & le Commissaire général <<passait» au Comité français un exposant de plus. Avec quelques variantes - mais toujours avec le mÈme succès - cette petite scène s'est bien jouée, à Turin, une dizaine de fois durant les dix ou douze mois qui précédèrent l'ouverture de l'Exposition; & ainsi, peu à peu, se multipliaient, sur le plan des _ b � rg � s & des jardins, les petites taches de couleur qui sigmfìaient : <cLoué à la France». • À TURIN EN 1911. LE PAVILLON DE LA VILLE DE PARIS. Mais ce n'eùt été là qu'une partie de la viél:oire rÈvée par le Commissaire général. Continuons de regarder le plan.Au seuil & de chaque c6té du pont monumental, e'est-à-dire au centre mÈme de ce territon·e dont MM.Dervillé & Pralon allaient entreprendre la conquÈte deux beaux terrains inoccupés descendaient en pente' do , uce ".'ers le_Heu':_e ... ccli_ faut me _ don�er ces terrains-la», dit un JOur a ses am1s de la via Po notte Commissaire général. M. Villa sursauta. M. Bianchi se . ' . mit a nre. - Ce sont les deux plus beaux emplacements de l'Exposition que vous nous demandez-là! - Je le sais bien. C'est mÈme un peu pour cela que je vous les demande. Et je vous promets que si vous me les accordez, ce ne sera pas un exposant ordinaire qui les occupera... / . . , . La Commission execut1ve tendait 1 oreille. - Que diriez-vous, proposa M.Dervillé, si, sur cet emplacement, la Ville de Paris venait officiellement s'installer chez vous? Ce fut une joie générale. . . - Nous vous donnerions les terrams pour nen! M. Dervillé, rentré à Paris, s'empressait d'aller informer le Préfet de la Seine & M. Dausset, rapporteur du Budget au Conseil municipal, d� _ cette / �eureu�e aubaine. Une Commission des expos1t10ns etait aussit6t constituée par le Conseil, & chargée �·ente�dr<'; le Commissaire général de Turin. On se fut vite m1s d ac-
LES FRANçAlS cord sur le principe & sur les conditions fìnancières de la participation qu'allait ratifìer le Conseil. Et l'on confìa à M. Roger Bouvard le soin de construire à la Ville de Paris sa maison. Nfais une question se posait : cette Exposition de la Ville de Paris n'allait-elle pas Ètre quelque chose de bien sévère & de bien sec? Une ville est un exposant prestigieux, mais d'espèce peu réjouissante. Une ville expose des 111odèles, des recueils, des statistiques, des atlas, des échantillons, des graphiques, des plans, des photographies. Toute la vie de Paris peut tenir en une colleéHon d'images bien faites. A supposer que ses écoles, ses laboratoires, ses h8pitaux, sa police & sa voirie, ses services d'hygiène, d'assistance, d'architeéèure, d'éclairage & d'eaux, ses promenades, son Métropolitain pussent fournir, à Turin, la matière de quelques jolies leçons de choses, &, çà & là, de reproduéHons originales, de «réduéHons)) amusantes comme des joujoux, l'attrait d'une telle exposition (nous ne disons pas son intéret, mais son attrait) suffuait-il à appeler la foule des visiteurs, & à la retenir? Assurément non. Pour la joie de Turin & pour la gloire de Paris, il importait clone de trouver quel q tte chose. LES MANUFACTURES NATIONALES. On avait bien pensé à enrichir le Pavillon de Paris d'une RétrospeéHve de la Ville. L'idée était charmante, & l'homme chargé d'en mener à bien la réalisation était tout indiqué : e'était M. Georges Cain, le très artiste & très érudit conservateur de Carnavalet, à qui d'ailleurs le Commissaire général avait déjà résolu de À TURIN EN 1911. 25 confìer l'organisation d'une autre Rétrospeéèive (le clou du Grand Palais !) dont nous parlerons plus loin. Cependant M. Dervillé revait pour Paris plus de gloire encore, & s'adressant aux commissaires de l'H8tel de Ville : - Consentiriez-vous à recevoir chez vous no manufaéèures nationales? à ouvrir votre pavillon à quelques chefs-d'ceuvre des Gobelins? Vom plairait-il de faire de deux ou trois de vos salons les écrins où Sèvres déposerait ses plus beaux souvenirs & quelques-uns de ses bijoux nouveaux les plus rares? La proposition fut accueillie comme elle devait l'etre, avec enthousiasme. En ce qui concerne les Gobelins, elle présentait meme un intéret spécial : la Manufaéèure des Gobelins n'avait pas exposé depuis 1900. Pour la première fois depuis onze an , elle allait redonner, dans une Exposition, le speéèacle de ses ceuvres, de cet art merveilleux dont aucune rivalité étrangère n'a menacé encore la suprématie. Il ne restait qu'à obtenir l'adhésion du Gouvernement à ce projet : elle fut donnée sans hésitation & avec joie. Une Exposition d'art allait s'ouvrir à Rome, & nous y étions brillamment représentés; mais il était agréable à M. Dujardin-Beaumetz que, dans une Exposition « des Industries & du Travail)) , nos tapisseries des Gobelins, nos céramiques de Sèvres vinssent représenter précisémerit une des formes les plus nobles du travail humain : l'alliance de l'Art & de !'Industrie. Q!. ant au Pavillon lui-meme, il avait été décidé qu'il servirait, lui aussi, à représenter chez nos ami italiens un peu de notre grand passé d'art. On demandait à M. Roger Bouvard non d'inventer de l'architeéèure neuve (il eÙ.t été capable d'y réussir excellemment), mai
I LES FRANçATS d'emprunter à l'un de nos palais nationaux les éléments d'une restitution qui signi.fìat, en sa beauté, & symbolisat quelque chose. Une aile du chateau de Versailles fut le modèle qu'on choisit. On prierait M. Vacherot, le plus savant & le plus ingénieux des, jar�ini�rs, d'en�adrer cette vieille maison française d un prdm frança1s; & puisque en face de cet � mplacen � ent s'en offr � it _ symétriquement un autre, ou nous av10ns la perm1ss1on de nous installer aussi, ne pourrait-on continuer l'évocation, & dresser sous le ciel italieo, camme «pendant» à ce morceau de chateau, la Nymphée de Versailles? Ce qui fut fait. LA SECTION FRANçAISE. PLAN GÉNÉRAL. Ainsi se trouvaient fìxées, dès le milieu de l'année 1910, la topographie générale & les parties essentielles du plan de la Seél:ion française. On avait établi le cadre de l'ceuvre; il fallait le remplir, &, de son c8té, le Comité cl'organisation s'y employait avec énergie & bonne humeur depuis plusieurs mois, en dépit de combien de difEcultés & d'obstacles: la neige, la grève, les averses diluviennes qui noyaient les plates-bandes de M. Vacherot, les tempetes sous lesquelles s'écroulaient d8mes & murailles... Ah! le pays où Reurit l'oranger ne nous fut pas clément tous les jours! La classifìcation des produits avait été faite par les À TURIN EN 1911. 2 7 Italiens suivant une méthode qui différait en quelques points de la n8tre. 11 en résulta pour nous la nécessité de remanier notre propre classifìcation pour l'adapter à l'italienne, & ce fut un travail parfois malaisé. Finalement nos produits & nos ceuvres se trouvaient répartis en vingt-quatre groupes, subdivisés en plus de cent cinquante classes ( nous reviendrons sur le détail de cette classifìcation) & qui comprenaient : L'Enseignement, les ,Appareils scientifiques, la Photographie, la Mccanique generale, l'Elearicitc, les Travaux publics, les Transports, la Navigation, l'Aviation, les Sporrs & l'Automobilisme, la Ville moderne, la Dccoration des maisons, la Musique & le Thcitre, la Sylviculture, l'Agriculmre, J'Alimentation, les Industries extraaives & chimiques, les Industries textiles, l'Habillement & la toilette, la Joaillerie & l'Orfèvrerie, les Industries du cuir, les Arts graphiques, l'Économie sociale, la Colonisation. Un vingt-sixième & dernier groupe complétait la classifìcation italienne: «la Préparation à la défense du pays)). Il ne fut pas installé dans la Seélion française; non plus que le groupe X, affeélé au Service des Postes. Dans tous les autres groupes (sauf en cinq classes) nous allions etre représentés. LES EXPOSANTS. Cette représentation fut confìée, en 19n, à l'un des plus brillants effeélifs d'exposants que le Comité français eut mis en ligne depuis vingt ans.L'effeélif nominai fut de 4,364 exposants, mais il convient de remarquer que, dans ce chiffre, les colleélivités sont comptées pour ttn exposant. Si l'on fait fìgurer dans l'effeélif des exposants tous les industriels dont le groupement con-
I I I I LES FRANçAIS courut à la formation des colleéHvités exposantes (ce qui est fort légitime, en somme, & la preuve, c'est qu'il n'y a guère de Commissariat d'exposition, à l'étranger, qui n'établisse ses statistiques de cette façon-là), on trouve que ce n'est pas 4,364 mais 6,375 participants que comptait à Turin, le jour de son inauguration, la Seéèion française. Mais n'anticipons pas. Avant que soit inaugurée par M. Massé, ministre du Commerce, en présence de S. A. R. la princesse Letitia, duchesse d'Aoste, la Seéèion française, l'inauguration générale de l'Exposition aura d-ti. s'accomplir sous la présidence des souverains d'ltalie. Et cette fète inaugurale elle-meme aura été précédée de la plus Batteuse démonstration de sympathie que nous pussions espérer des Turinais : la visite ofiìcielle que rendaient à la Ville de Paris, trois mois avant l'ouverture de l'Exposition, les délégués du Conseil municipal & de la Commission exécutive de Turin, & qui était, en quelque façon, le prélude des manifestations d'amitié franco-italienne dont cette Exposition allait ètre, durant l'année qui venait de s'ouvrir, le sujet... ou l'occasion. TURIN VIENT INVITER PARIS. Reçus à la gare de Lyon, le 20 janvier 19n, par M. Stéphane Dervillé, - qui leur apporre, en mème temps que le salut ofiìciel du Commissaire général, les hommages du Président du Paris-Lyon-Méditerranée, - & par M. Léopold Bellan, Président du Conseil municipal & Président du Comité d'organisation de la Comte Teofìlo Rossr, Sénateur, Syndic de Turin. PI. Xlll.
I i À TURI E 1911. SeB:ion française, les délégués sont au nombre d'une quarantaine. Ils ont à leur tete le sénateur Rossi, maire de Turin, vice-président de la Commissi�n exécutive de l'Exposition, ancien sous secrétaire d'Etat dans le cabinet Giolitti & ami de ce ministre; le sénateur Bozzolo, adjoint au maire de Turin; les députés Daneo, ancien ministre de l'InstruB:ion publique, conseiller municipal & membre de la Commission exécutive; marquis Comp.ans de Brichanteau & Casalini, conseillers municipaux. Parmi les délégués figurent également : le président de la Chambre du commerce de Turin, conseiller municipal & membre de la Commission exécmive, M. Bocca; deux vice-présidents de cette Commission, dont l'un, M. Orsi, est président de l'Association de la presse subalpine & direB:eur de l'importante Gazetta del Popolo; l'autre, NL Enrico Boyer, ancien président de l'Union libérale monarchique; MM. Usseglio, Albertini, Bolmida, Cauvin, Pomba, Tacconis, Bonnelli & Giova.ra, adjoints au maire de Turin. Tous les autres délégués, MM. Bozzala, Saccheri, comte Campredon d'Albaretto, Craponn�, Avezzano, Bovi, Rinaudo;_ Fiorio, comte Govone, marquis lnvrea, Lava, Lavini, Mantovani, Nasi, Lombardi, Negri, Pia, Rey, Peyron, Lévi, Sclopis, Dogliotti, Testera & Rovetti sont membres du Conseil municipal, de la Chambre de commerce, de la Commission exécutive de l'Exposition ou, à un titre quelconque, collaborateurs de ces diverses administrations. Cinq journées de réceptions & de fétes. Les délégués étaient arrivés à Paris le vendredi matin; le vendredi après-midi, réception à l'H8tel de Ville : échange de congratulations, souhaits de bienvenue; le soir, ban-
30 LES FRANçAIS quet de sept cents couverts, au Grand-Hòtel, offert par le Comité français des Expositions à l'étranger. M. Jean Dupuy, ministre du Commerce & de l'Industrie, préside, entouré de sept membres du Gouvernement. M. Tittoni, ambassadeur d'Italie, est présent. Et les premiers toasts sont échangés, les premiers discours pron9ncés dans un tumulte d'acclamations joyeuses. M. Emile Dupont, président du Comité français, rappelle les pacifìques viéì:oires d'hier, nous promet que celle de demain sera digne de nous & du pays ami sur le sol duquel elle sera remportée. Cordial, exubérant, le sénateur Rossi s'écrie : «Venez chez nous nombreux, très nombreux... vous ne trouverez en Italie que des frères !» M. Jean Dupuy félicite les organisateurs d'Expositions d'�tre «les bons artisans de l'harmonie entre les hommes»; il boit à «l'a:uvre de haute moralité intemationale» à laquelle le Comité français s'est associé. M. Tittoni parle à peine; il dit n'avoir souci, à cette heure, que d'une sorte d'éloquence, «qui ne connaÌt ni fìéì:ion, ni convention: l'éloquence du ca:urn. Le samedi, promenades & visites dans Paris. Le banquet de l'Hotel de Ville terminait cette seconde journée. Des discours encore, un concert; de la cordialité & de la joie dans l'un des plus somptueux décors dont une municipalité puisse offrir la vision à ses hòtes. Le dimanche, déjeuner offert à nos édiles par la Ligue franco-italienne & la Délégation de Turin. M. Beauquier, M. Raqueni, M. Tittoni, proposent l'un après l'autre des toasts qu'on acclame, M. Bellan boit à l'union des peuples latins. Pl. XIV. .... u . ;; C1 "' ·� "' "' ;::l -o .... u Cl zs :i ci o -f:l ;;:: c/2 :i ti o 8 ;J "' o ";l e 'E "' "i, � :i e: ·;;; u ci :i
' i A TURlN EN 1911. UNE FETE I I CllEZ LE ·coMMTSSAIRE GENERAL. 31 Le délégués étaient, à Pari , pendant ces cinq journées, les hòtes de la municipalité prisienne & du Comité français. Le Commissaire général du Gouvernement voulut à son tour les recevoir, & chez lui. Ce fut la plus jolie des fetes. La réception avait été précédée d'un dìner intime auquel assistaient notre ministre des Affaires étrangères, 1\.1. 1 Pichon, l'ambassadeur d'Italie, le sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, le préfet de la Seine, le président du Conseil municipal, le Syndic de Turin, plusieurs membres de la Délégation, amis personnels de M. Stéphane Dervillé, & quelques notabilités parisiennes. Une soirée musicale & dramatigue suivait le dÌner. Elle se donna dans le grand hall du très élégant hòtel de la rue Fortuny, en présence d'un auditoire où étaient représentés, à còté de la Délégation turinaise tout entière, le Parlement, la fìnance, la haute industrie & le grand commerce parisiens, la magistrature, l'administration, les arts & les lettres. Au programme: M110 Dereymon & 1\.1. Jean Battaille, qui chantèrent & dirent d'une façon exquise les Jolies cht111so11s de France; M11cs Alice Raveau & Sonia Darbell, de l'Opéra-Comique, interprètes délicieuses d'une opérette de Charles Lecocq, Rtt:re d'amottr; Fursy, toujours feté dans ses Chansons roflesJ · M11c Gabrielle Robinne, de la Comédie-Française, qui ravit l'auditoire en disant de la plus jolie façon le poème de la Pari.rienne; M11c Dauly, une des plus brillantes lauréates du Conser- •
LES FRANçAIS vatoire, très applaudie dans une suite de chansons anciennes, & Muratore, de l'Opéra, qui, dans Werther & la Tosca 1 souleva l'enthousiasme des _hetes parisiens de M. Stéphane Dervillé. La soirée s'achevait sur. un spirituel aB:e de M. Maurice de Fçraudy, Parmte éloignée, joué avec infìniment de gdce par M11c Robinne & le fils de l'auteur. Et les délégués turinais semblèrent trouver trop ter fìnie cette fete où, pour la première fois depuis leur arrivée, & en dehors des récep- ·_ tions ofE.cielles, ils venaient de prendre enfìn contaB: avèc «Paris». Ne définissons pas. 11 n'y a pas un étranger qui ne sache ce g ue cela veut dire! RETOUR À TURIN. Le lendemain lundi, deux banquets encore sollicitaient les CCEUfS ... & l'appétit de nos aimables hetes : la Délégation déjeunait à la Chambre de cornmerce, où M. Charles Legra.nd., l'éminent président de cette compagni.e, lv[. Stépha.ne Dervillé, M. Bocca., président de 1a Chambre de commerce de Turin, prononçaient des allocutions applaudies, Iançaient aux commerçants & aux industriels français le supreme appel, - qu'ils entendirent; & en.fin, après une visite à la Charnbre des députés qui tenait séance, nos arnis italiens assistaient au banquet du Comité républicain du commerce & de l'industrie, que préside M. Mascuraud. La Délégation fìnissait sa soirée à l'Opéra où se donnait la Vaik,Jwie, y applaudissait la Marche rqyale italiemie, jouée par l'orchestre en son honneur, &, le lendemain, se trouvait réunie au buffet de la gare de Lyon, où un déjeuner S. Exc. M. Tomaso VrLLA, , Sfoateur, PI. XV. Ministre d'Etàt, Président de la Commission exécutive. (',
I I I I I ! I iii . : I l I I I I À TURIN EN J91r. 33 intime lui était offert par le Comité français : le coup de l'étrier ! Convives français : M. Stéphane Dervillé; M. ;Eugène Pralon, commissaire général adjoint; M. Emile Dupont, sénateur, président de la réunion; MM. Bellan, Gay, Dausset, Charles Legrand, de Pellerin de Latouche, Kester, Mascuraud, Jules Hetzel, A. 11aguin, G.-Roger Sandoz, Lucien Layus, Niclausse, Marcadet, MaJure, Hatton, de Douvres, Brach, Tanon, Vinant, Emile Cère, & plusieurs amis & membres du Comité français. Les premiers adieux sont gaiemem échangés, les prochains rendez-vous sont pris, pour Turin; & l'on s'entretient de trois dépÉches qui viennent d'arriver à Paris, - �dressées à M. Bellan, à M. Stéphane Dervillé, a M. Emile Dupont -& où M. Tomaso Villa, président de la Commission exécutive, a su se montrer trois fois - en trois formules - si spirituellement notre ami! Déjeuner j9yeux. Au brouhaha des conversations, la fanfare des Etablissements Niclausse mÉle son éclatant vacarme. On a le tympan brisé, mais il y a de la joie dans les creurs ! ; Au champagne, M. Emile Dupont s'est levé & prend, au nom du Comité français, la parole. Il dit : Les trop cources JOurnées que vous venez de passer à Paris onc laissé en nous l'impression que des parents venaient nous rendre visite pour nous rappeler qu'Js nous attendaienc à Turin. Soyez certains que nous irons, & qu'en France vous n'avez renconcré parmi nous que des amis, animés à vocre égard non pas de ce senciment banalement sympachique que commandenc les convenances, mais d'une affeélion vraie, qu'aucun malentendu ne viendra troubler, car il ne doit pas y avoir, Messieurs, de ma[encendu encre nous! Dans quelques heures, vous serez rentrés à Turin. Dices à vos concitoyens que vous avez rencontré ici des Français dignes de
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