Les Francais A Turin en 1911

42 LES FRANçAIS Mais, tel qu'il s'offre à nous, dans la lumière d'une radieuse matinée d'avril, cet immense décor plein de l�cunes est déjà un enchantement pour les yeux. Ebauche d'exposition? disent les grincheux. C'est bien possible; ébauche à peine indiquée sur quelques points, très poussée sur d'autres. Qiimporte? On a dès maintenant l'impression nette que ce sera charmant. Les Turinais ont eu cette chance de pouvoir ouvrir à leur Exposition les pelouses d'un pare adrnirable, &, sur une étendue de trois kilomètres, les deux rives du fleuve, à l'abri d'un délicieux écran de verdure - de ces collines boisées qui dessinent au-dessus du Pò un paysage dont on a justement remarqué qu'il rappelait celui de la Seine à Meudon. Car le Pò sera navigable à Turin, au moins aussi longtemp que l'Exposition durera ! Il para1t qu'il ne l'est pas toujours. Capté en amont par un moulin, il n'abandonne a la ville qu'une quantité d'eau parfois dérisoire. On a remédié à cet inconvénient par la création d'un barrage qui retient les eaux en aval, & voilà les berges du Pò déjà noyées sous l'eau courante qui l'emplit. L'un des charmes de cette Exposition, c'est qu'elle ne modifìe point l'aspeéè de la ville elle-mÈme, & la pare sans l'encornbrer.'A l'endroit où elle cornrnence, la ville e t fìnie, & e'est camme une seconde ville qui vient se nouer, si je puis dire, & s'épanouir au bord de l'autre, à deux ou trois cents mètres à peine de ses quartiers les plus fréquentés, les plus bruyants. Sous ce ciel de printemps italien, la cité blanche, toute neuve parmi les végétations d'avril toutes neuves aussi, est un enchantement pour les yeux. Au centre du décor, e'est le grand pont, la vaie triomphale bordée de colonnes blanches que couronnent des Viéèoires ailées ÀTURI EN 1911. 43 & qui joint, par-dessus le fleuve, au blanc Palais des FÈtes la façade du Chiteau d'eau, dressée là-bas, sous la colline, comme un temple. De chaque còté du monument, deux palais d'imposante mine : l'Allemagne, en amont; la France, en aval. Les deux palais blancs s'érigent sur la rive droite du fleuve. Un immense sode de gazon sert de support au nÒtre. Les Allemands font reposer le leur sur un long talus cimenté que recouvre une inscription : Miinchener Burger Brau. Et voici d'autres palais blancs, sur l'alignement de ceux-ci; d'autres coupoles, fleuries de drapeaux neufs; voici, déployé en «raquette» au sud du territoire de l'Exposition, entre les berges du fleuve & la route de Moncalieri, le Pilonetto, l'emplacement où vont se grouper, en de vastes palais internationaux, des expositions industrielles, agricoles, d'économie sociale, d'art militaire... C'est ici la limite du territoire de rive droite ouvert à l'Exposition. Le canot automobile de 1L Paul Decauville promène d'une rive à l'autre quelques amis conviés par l'éminent ingénieur à visiter le chantier qu'il «expose» ici. Profìtons du passage de l'embarcation (les passerelles & bateaux publics ne seront en service que dans quelques jours) & gagnons la rive gauche.. De ce còté, e est le palais international des Chemins de fer qui borne le domaine de l'Expo ition. Voici le pavillon de la province de Turin, le pare de «amusements & peéèacles», & plus loin du fleuve, en bordure de la longue avenue, qui marque, sur les plans, l'une des limites de la ville, voici la Galerie des machines, l'Annexe allemande, la Seéèion suisse, le palais du Journal & de l'Imprimerie (qui survivra � l'Exposition), les Arts libéraux, la Mécanique, l'Eleéèricité,

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