ROME dominations s'y sont superpos6es apres s'y 6tre l'une I'autre 6vinc6es : de m6me que le g6ologue trouve, en creusant le sol, Ies couches altern6es que les revolutions pr6historiques ont s6culairement d6posees, Ie visiteur averti d6couvre facilement a chaque pas les vestiges superposes des regnes d6truits. Rome, qui est pour l'historien un admirable laboratoire, est pour tous ceux que l'Humanit6 passionne, la plus admirable des 6coles. Rien ne m'a plus instruit que mes vagabondages a travers la ville. Ni les Archives, ni les Bibliotheques, oh nous conduisaient nos sp6ciales 6tudes, ne valaient, pour notre formation historique, Ie spectacle de certains quartiers perdus, a condition d'en gofiter pleinement la saveur et, premierement, d'en comprendre la leeon. On s'engage clans telles ruelles qu'assombrit une ombre 6ternelle et qui, sous le ciel lumineux d'Italie, ont une frafcheur de cave; aux fen6tres iadis ouvrag6es, et que des siecles ont rendu frustes, pendent de sordides guenilles; sur les bornes que le temps a menuis6es et polies ou au contraire entam6es et d6grad6es, un ragczzzo, coiff6 d'un indescriptible feutre roussi, d6vore quelque tranche de po/enfa ou d6piotte la chair rouge d'une figue. Le pave bossu6 semble se soulever ou, Ientement, s'enlizer; un 6dile iadis a fait poser ces pierres que deux cents g6n6rations ont us6es de leurs pieds chauss6s de socques; parfois une sculpture surgit le long du mur, encastr6e clans les pierres patin6es, lezard6es, ou, presque au ras du sol, le sommet d'une colonne de marbre a laquelle s'adosse un mendiant. Quoi qu'on en disc, certains de ces oz.co/i., de ces venelles n'ont pas change depuis que Rabelais, Montaigne, de Brosses, Gcethe, Chateaubriand, Beyle-Stendhal, Taine, Bourget les ont parcourues. Voici des 6chopes qui semblent des cavernes, un savetier y tire l'alene; so-us le tour rare, le ca/zo/al.o s'apercoit, sur les traits iaunes duquel Ies amateurs de survivances d6couvriraient les vestiges de dix races, mais parfois la physionomie parfaitement transmise d'un consul ou d'un empereur. Voici des cabarets infames oti, sur des tables poisseuses, se boit le vin d'or clair de Frascati ou le vin d'encre noire de quelque lourde vigne. Echopes et bibines s'abritent sous les arcades d6grad6es, rapi6c6es, morceleesT d'un theatre antique - tel ce prodigieux Theatre de Marcellus qui, transforms iadis en forteresse par les seigneurs bandits du Moyen-age, abrite auiourd'hui un monde grouillant de petites gens, loqueteux, miteux, vermineux, hates parasitaires des anciens M6cenes de la Rome r6publicaine ou imp6riale. Voici, a ce tournant de rue, une eglise catholique aux frontons tourment6s d'od sortent des 6clats de voix, toute une musique singuliere de cantiques cacophoniques dams lesquels des debris de lithurgie se melent a des reminiscences de quadrilles. Cette musique est symbolique : le decor est lui-meme parfois si disparate ! P6n6trons clans I'6glise : Ies murs en sont charges de moulures aux couleurs criardes; des festons
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