ROME de style, de passions. Son r6ve 6tait un iour d'entrer en triomphateur clans la Ville Eternelle. 11 n'y voulait p6n6trer qu'acclam6, au milieu de la reconnaissance du peuple. 11 crut la m6riter - ce en quoi il connaissait mal Ie Romain du temps de Pie VII - en d6terrant le Forum oh il 6voquait de grandes ombres, en construisant le Pincio qui est son ceuvre exclusive et en restaurant le Quirinal, « notre Palais Imperial de Rome >> ainsi qu'il l'6crivait. 11 tut cinq ans a peine le maltre de Rome et iamais il n'en fut le maltre incontest6. Mais d6ia il la reconstruisait, tout au moins en imagination. Lui aussi, comme Auguste, comme Jules 11, r6vait de faire place nette d'une Romo sporccz, qui, a tous ces restaurateurs, d'ame imperieuse, pa.rut touiours une sorte de permanent outrage a la grandeur du mom romain. Combien ils ont tort aux yeux du visiteur de Rome. Si l'ordonnateur se r6volte devant les rues tortueuses et obscures, les paves in6gaux, Ies sombres 6chopes enfonc6es en quelque monument antique, Ies colonnes des temples engag6es en quelque modeste chapelle, les loques multicolores pendues aux murs des anciens sanctuaires, combien l'artiste pleure, au contraire, la disparition lente de cette Roma spo7-ca. Voici que les quartiers qui entourept. Sainte Marie Maieure et St-Jean de Latran, ont perdu leurs iardins; voici que le Ghetto s'est 6croul6; voici que des casernes m6nageres ceignent le chateau Saint Ange, aux Prafz.; et voici que le Tibre, engain6 clans les quais de pierre, n'est plus qu'un canal iaunatre. Ne nous r6voltons pas cependant. Rome est devenue capitale d'un grand Etat : il Iui a bien fallu se mettre au go fit des capitales `modernes. La civilisation contemporaine - et ie dirai am6ricaine, - voila maintenant la Souveraine qui, a son tour, apres cent autres, a saisi Rome clans ses mains de fer et inexorablement, Ia refond, Ia transforme, Ia creuse, Ia ruine en la rebatissant. Tous ont fait de meme. Lorsque sur les instructions de Jules 11? Bramante travaillait a lui faire une Rome nouvelle, on 96missait; ses rivaux appelaient ce batisseur un Rzzinanfe, un faiseur de ruines. Feuilletant un vieux diaire que i'ai en partie 6dit6 et qui repose a la Bibliotheque Barberini, ie voyais son auteur, clerc romain d'origine francaise, hocher la tete tristement devant les travaux de voierie ex6cut€s par « Papa Giulio ». Ces dominateurs de Rome furent tons des Ruinanti. Ainsi ils subissaient - plus qu'ils ne la contrariaient - Ia loi de la Nature. C'est de l'humus, produit des frondaisons tomb6es, que se nourrit la futaie nouvelle. A Rome, cette futaie est de pierre et de marbre. De ce sol prodigieux, que deux mille six cents ans de culture n'ont pas 6puis6, Ies monuments touiours et touiours surgissent. Du iour oh, suivant la 16gende, Romulus, dirigeant la charrue, traca, selon les rites sacr6s, Ie sillon qui devait enclore la ville qu'il fondait, cette terre tut d6signee, par une sorte de privilege, pour se couvrir p6riodique16
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