ROME sant Saint Pierre, mais ne nous arretons pas a la basilique de marbre; descendons aux Grozfe VeccAz.e .. cette crypte, plus que l'immense halle de marbre, m'inspire des pensees 6mues. Nous y foulons I'antique pave de la basilique contemporaine de Constantin et du pape Sylvestre et clans laquelle fut couronn6 notre Charlemagne; les vieux papes y dorment sous les dalles, parmi lesquels ce terrible Boniface VIII dont le profil altier s'apercoit, accuse encore par le bronze dont est faite sa statue couch6e. Donnons ici un souvenir a la basilique disparue, t6moin des siecles od le Christianisme arriva au pouvoir. Le Saint Pierre de Br'amante, de San Gallo, de Peruzzi et de Michel Ange n'est que celui de l'age moins 6mouvant de l'immense orgueil et des somptueux triomphes. Cet age tut pour Rome l'6poque d'une nouvelle pouss6e de monuments : Ie Xvle siecle couvre Rome de constructions. Ce ne sont point celles que ie pr6fere. Trop vite Vignola a remplac6 Michel Ange et, s'il s'agit de peinture, l'Ecole de Bologne l'Ecole de P6rouse. Qu'est-ce lorsqu'a Vignola succede le cavalier Bernin! 11 taut cependant pardonner a celui-ci d'avoir alourdi St-Pierre de ses statues contourn6es et de son baldaquin tourment6 : n'est-ce pas lui qui construisit les colonnades de la place Saint Pierre? Le dessin est en effet puissant de ces deux bras gigantesques qui partant de la basilique Vaticane, semblent, certains iours od les grands p6lerinages s'6pandent sur la place, embrasser et comme retenir la foule des fideles accourus de tous les points de la Chr6tient6. Et puis Bernin a agenouill6 clans l'extase la Sainte Th6rese de l'Eglise de la Victoire; et cela aussi doit lui €tre compt6. Si le XVIIIe siecle n'a fait le plus souvent qu'empater dams un platre emphatique et surcharger de ridicules ornements les plus 616gants sanctuaires, Napoleon crut un instant qu'il allait, lui aussi, faire une Rome a sa faeon. J'ai dit ailleurs quels avaient 6t6 les sentiments - le not prend ici toute sa valeur - du grand Empereur pour la grande Rome. Si i'y reviens, c'est que son attitude confirme ce que i'ai dit et r6p6t6 du trait qui, a Rome, frappe si vivement l'historien : Rome attire les grands hommes, elle a inspire les grands 6crivains; elle a tent6 les grands conqu6rants. Quand l'aigle imperial se pose sur quelque dome, d'Aix-la-Chapelle a Ratisbonne, de Vienne a Madrid, de Paris a Berlin, on dirait l'oiseau imperial touiours pr6t a reprendre son vol vers l'aire d'oh iadis il s'envola, les sommets des collines romaines, le Capitole ou le Palatin. Charlemagne, Barberousse, Charles-Quint, Napoleon tournerent vers Rome des regards nostalgiques : suzerains ou souverains de la Ville Eternelle, voila le titre que, de leurs palais allemands, espagnols ou francais, ils semblaient, avant tous autres ambitionner. Napoleon aima Rome d'un amour special. 11 6tait tout Romain - i'entends Romain de la grande 6poque - de sang, de traits, de gotits. 15
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