* ROME de la poss6der, ils ont tous entendu la marquer de leur sceau; ils l'ont tous voulu parer, mais pour la faire uniquement leur; ils l'ont ialousement d6truite dams le dessein de la reconstruire plus belle. La ville semble un immense champ de bataille od se seraient combattues toutes les civilisations, toutes les dominations, toutes les religions. Toutes ont, cependant, laiss6 leur trace. Des vestiges de l'antique cite quasi pr6historique od Eg6rie dictait, dams son bois sacr6, au bord de sa claire fontaine, des lois a Numa, a ces monuments 6normes dont surcharge sa capitale la dynastie de Savoie, les rois tres anciens, les 6diles r6publicains, les architectes hellenes, les patriciens millionnaires, les C6sars de toutes les dynasties, les princes Goths, les exarques byzantins, les papes de tous ages, et, sous eux, Ies cardinaux et seigneurs batisseurs ont sans cesse 6difi6 et n'ont d6truit que pour r66difier. Quiconque est, pour une heure, maltre de Rome, r6ve, comme Auguste, de « laisser de marbre une ville qui, hier, 6tait de briques » : Napoleon ne s'6tait pas depuis un mois proclam6 solennellement le souverain de « sa ville libr6 imp6riale », qu'il demandait a ses architectes ces « plans d'embellissement >> qui remplissent tant de cartons de mos archives d'Etat et dont quelques-uns ont pu etre, miraculeusement, r6alis6s en trois ans. La dynastic de Savoie a couvert de palais nouveaux les collines qu'on eat estim6es suffisamment baties : hier, elle inaugurait le monument cyclop6en 6lev6 au glorieux fondateur du nouveau royaume, face au Corso de la Rome pontificale, adoss6 au Capitole r6publicain. C'est contre ces amants despotiques que Rome a dd et n'a pas pu touiours se d6fendre. Ils la martyrisaient pour la p6trir et la rep6trir a leur guise et, pour la parer, la d6gradaient. On suit a travers la ville les phases de cette lutte deux fois mill6naire entre la Cite tyranniquement aim6e et ses terribles amants. C'est l'int6r6t maieur d'une visite a Rome. # i,* J'ai vu des visiteurs d6contenanc6s et offusqu6s par les heurts, les contrastes, les m6langes qu'offre Rome. Certes, il ne taut pas chercher aux rives du Fibre cette m6lodieuse harmonie de sensations, ce concert parfait dont la bien aim6e Florence fournit aux visiteurs l'inoubliable regal. 11 faut, tout au contraire, demarider a Rome ce que, plus qu'aucune cite au monde, elle peut nous donner : une leeon sans pareille, apre et forte, de haute philosophie. La visite de Rome n'a rien de ioyeux, elle fait naitre et d6veloppe des pens6es graves et elle exalte iusqu'a une singuliere acuit6 les sentiments m6lancoliques. Elle donne tout a la fois l'id6e la plus haute de ce que l'homme peut r6ver de plus grand et le spectacle de ce que cette grandeur peut contenir de vanit6, tant le regne des hommes y apparalt instable. Les
RkJQdWJsaXNoZXIy MTUzNDA1OQ==