Livre d'Or Français

ROME Mon vieil ami, Emile Gebhart se r6pandait volontiers en lamentations sur ce qu'on avait repris Rome a la nature. A force de se lamenter tout en bouffonnant parfois, a force aussi d'avoir 6voqu6 la Rome du XIIe et du XIIIe siecle, il avait fini par croire qu'il y avait v6cu. 11 regrettait aussi les roses des iardins Farnese sur les ruines du Cryptoportique; il disait : « Vous verrez qu'z./s couperont les cypres de la Villa-Mills. » 11 vouait aux 96monies les Romains qui abimaient la ville en la nettoyant, et il concevait, a certaines heures, une sorte de haine pour les arch6ologues. « Encore un arch6ologue!» me dit-il, avec un ton tres particulier, apres avoir reconduit un savant iusqu'au seuil de son petit appartement. En fait, Rome, ie le r6pete, s'est touiours d6truite elle-meme, mais pour se parer. La Rome, herbue, feuillue, fleurie que regrettait Gebhart, il est tout de meme fort heureux qu'elle ait 6t6 arr6t6e, a une heure donn6e, clans sa decadence. Si les papes 6taient rest6s a Avignon au-dela du XIve siecle, il est peu probable qu'aucune ruine eat r6sist6 a l'6treinte des racines qui faisaient sauter leurs fondations et des vignes vierges qui enlaeaient leurs faltes. Les papes, r6install6s a Rome au Xve siecle, ont commence a reconqu6rir sur la nature envahissante la Ville 6ternelle. Soudain, celle-ci ressuscita, splendide. Ces papes de la Renaissance, s'ils ne m6ritent pas tous la couronne des 6lus, m6ritent tout au moins la reconnaissance des hommes tant a.u'il y aura ,parmi les hommes des amants de la Beauts. Ils ont appel6 aux rives du Tibre la Renaissance des bords de l'Arno : il me suffit que Nicolas V ait livr6 au Beato Angelico sa chapelle du Vatican, pour que Nicolas V me soit cher; et si Paul Ill me plait pour avoir 6lev6 le Palais de Venise, quelles palmes d6cerner a Sixte IV pour avofr signs le contrat du 27 octobre 1481 qui installa dams la Chapelle Sixtine Cosimo Roselli, Sandro Botticelli, Domenico Ghirlandaio, Pi6tro le P6rugin ? J'ai dit ailleurs et ie r6pete que cette date du 27 octobre 1481 devrait plus que tant d'autres dates plus fameuses, dates de batailles et de trait6s, s'inscrire dams les fastes de l'humanit6. 11 est 6videmment facheux que Francois d'Albescola della Rovere, devenu Sixte IV, ait 6t6 un prince cruel, un oncle trop prodigue et, au demeurant, un pretre fort mediocre, mais ie suis tent6 (ne vivant pas sous sa loi et b6n6ficiant, lorsque ie suis a Rome, de ses prodigalit6s) de lui tout pardonner, pour avoir ouvert sa chapelle aux artistes de Toscane et d'Ombrie. Les voici tous les quatre a leurs 6chafaudages, bient6t suivis de Pi6ro di Cosimo et du Pinturicchio; et voici que les murs du Vatican se vont peupler de divines visions dont, pour des siecles, ces grands hommes dotent l'Humanit6. A l'ombre du « ch6ne » vigoureux, rugueux, envahissant des Della Rovere, une moisson de fleurs surgit, qu'on voudrait croire immortelle. L'6venement est considerable - d'autant que les successeurs de Sixte 13

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