Livre d'Or Français

ROME simplement un pan de muraille et des fondations; les basiliques virent parfois dams leur ce//cz dresser l'autel du sacrifice; des colonnes de vert antique, de porphyre, et de marbre blanc furent les unes relev6es pour supporter le toit d'une nouvelle 6glise, les autres d6taill6es en 6normes rondelles pour servir a les paver; on en incrusta des debris aux murs des campaniles carr6s. Les statues antiques qui ne furent pas ietees au pilon pour faire de la chaux ou au creuset pour fournir du metal, les statues antiques exorcis6es, baptis6es, converties elles aussi et parfois aur6ol6es, prirent place dams ces nouveaux temples; ne dit-on pas que la c6lebre statue de bronze de Saint-Pierre dont les baisers des fideles, depuis 12cO ans, ont use le pied, est celle d'un Jupiter Capitolin remani6? Les Goths et les Grecs r6gnerent tour a tour; sous eux, cette singuliere transmutation se fit sans qu'ils intervinssent. Mais Rome agissait sur eux : le Goth Th6odoric batit, le Byzantin Narses batit. Lorsque la Papaut6 ftit maltresse, d6finitivement, elle batit. Plus que iamais, l'antique Rome fournit des mat6riaux a la nouvelle. Le Vatican se construisit avec ses debris, et des 691ises, et des palais. Cependant les `« barons de Rome » mettaient la main sur les monuments persistants, les Colonna au Champ de Mars, sur le Mausol6e d'Auguste, Ies Frangiparii sur le Colis6e, les Pierl6oni sur le Theatre de Marcellus et le Portique d'Octavie, les Caetani sur la Tour dite de N6ron et, hors les murs, sur le tombeau massif de Caecilia Metella. Ces monuments, devenus frustes par l'ablation de leurs marbres, se percerent de meurtrieres. Tandis que tel temple de Jupiter ou de Venus devenait 6glise du Christ ou sanctuaire de la Madone, les palais imp6riaux, amphith6atres et arcs de triomphe 6taient transform6s en chateaux forts : sous le gouvernement des papes mal ob6is, la f6odalit6 romaine en avait fait des bastions. Une grande anarchie, cependant, r6gnait. La ville d6peupl6e s'abandonnait. Les papes eux-m6mes, au XIIIe siecle l'abandonnerent pour Avignon. La nature reprit possession de la ville; les arbres, apres les herbes folles, poussaient librement dams les ruines 6croul6es, escaladaient les murs, surgissaient iusque sur les toits; lentement, la v696tation luxuriante envahissait le Palatin, ietant un tapis de gazon, de fougeres, de fleurs sur les palais de Tibere, de Caligula, de Domitien, de Septime Severe; le Forum s'aplanissait, s'enterrait, l'herbe y poussait; les bergers latins y menerent les troupeaux. Le Forum de la R6publique devint le Campo Vczccz.no - le champ aux bestiaux - tandis que, les chevres bondissant sur les pentes devenues abruptes du Capitole, la v6n6rable colline, <<t6te de la Ville et du Monde », s'appelait maintenant le fl4onfe Caprz.no - le mont aux chevres. # #* 12

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