ROME Grand-pretre, il avait relev6 les temples : ce Temple de Castor et Pollux dont les colonnes d6grad6es sont, dams le Forum d6sol6, ses t6moins, n'est qu'un des quatre-vingt-deux sanctuaires que, dit-on, il 6leva ou restaura. Faisant ressusciter par Ovide et Virgile, les vieux mythes et les vieux rites, invitant Horace a donner un rythme moderne au Cczrmcn scectt/are, il entendait par ailleurs offrir a la religion restaur6e des asiles splendides. ' D'autre part, il avait 6t6, en toutes choses, le restaurateur de l'ordre : l'ordre mat6riel comme l'ordre moral. C'est pourquoi il avait esp6r6 d6truire les d6dales de ruelles od sa police s'exercait difficilement. 11 avait donc commence a percer de grandes voies et transforms ainsi en une capitale[ mieux ordonn6e ce prodigieux amas de maisons, pouss6es pendant l'age r6publicain sur les << sept collines ». Emile Bertaux compare avec raison ces travaux a ceux auxquels Napoleon Ill incita le baron Haussmann : << Pour le premier empereur Romain, comme pour l'empereur des Francais, l'architecture est un instrument de regne; quand le gotit du bien-etre et du luxe priv6 ou public devient plus fort que celui de la libert6, 6crit l'historien, un Opera fait oublier un Coup d'Etat. >> Le rapprochement s'impose. Auguste avait iet6, dit-on, pres d'un milliard de notre monnaie clans la restauration de Rome. Ses successeurs avaient continue. S'ils s'6taient 6lev6 des palais, ils n'avaient point bati que pour eux. N6ron ne s'6tait pas content6 de ieter les bases de sa Maison Dor6e; comme Auguste avait rev6 de laisser une Rome Augustienne, comme plus `tard le pape Jules 11 revera d'une Rome Julienne et Napoleon d'une Rome Napol6onienne, N6ron avait, 6tant plus effr6n6 que ces princes memes, r6solu de leguer a la post6rit6 une Rome purement N6ronienne. La 16gende veut qu'il ait fait mettre lui-m6me, clans cette nuit terrifiante du 17 iuillet 64, le feu clans la Roma sporccz qui blessait ses gotits d'artiste despote. Cette 16gende - celle-la encore me plait -, elle est iustifi6e par la passion d6mente qui agite fort ordinairement le cerveau d'un maitre de Rome. Ce N6ron - s'il alluma vraiment l'incendie - fut simplement plus exp6ditif que les dominateurs qui, au Ive siecle, d6molirent les Temples et que ceux qui, au Xve, abattirent la v6n6rable basilique Saint-Pierre. En tous cas, N6ron avait entendu profiter de l'incendie. 11 avait commence a rebatir une Rome de reve. Les Flaviens l'aivaient orn6e, cette Rome nouvelle, de l'amphith6atre « colosse », ce Colys6e contre lequel quatorze siecles se sont, en vain, acharn6s et qui, d6mantel6, semble un 96ant impossible a abattre, un mort qui ne s'est pas rendu et reste debout. Traian avait, au pied de la colline des Quirites, dessin6 son Forum imperial au centre duquel s'6levait cette colonne - scour aln6e de notre Colonne napol6onienne - od s'enroula la th6orie de ses « triomphes ». Chaque Empereur avait bati son Forum. L'un d'eux s'6tait, dams cette 10
RkJQdWJsaXNoZXIy MTUzNDA1OQ==