Livre d'Or Français

ROME tout ce qu'on vous dit de Rome. La 16gende, autant que l'histoire, doit 6tre trait6e ici avec respect. C'est la 16gende qui a fait Clever, en l'honneur de tel h6ros fabuleux ou de tel saint douteux, des temples et des tombeaux. Aussi bien ai-ie pour la 16gende, ici du moins, quelque consideration; tant d'histoire repose au fond de ces fables! Romulus, me dit-on, n'a iamais exist6 et Saint Pierre ne vint peut-etre pas a Rome. Ne me le dites que lorsque ie serai de retour. A Rome, ie veux que Romulus ait trace, de son soc de charrue, la Roma Quadrata; ie veux que Numa ait, dams ce bois sacr6 od i'allais m'asseoir, consult6 la nymphe qui, 6tant femme, devait aimer gouverner un gouvernant : ie veux qu'Agrippa ait, sur le Mont sacr6, cont6 son apologue, lecon 6ternelle aux nations divis6es; ie veux aussi qrie Pierre le Galil6en ait un iour p6n6tr6, un baton a la main clans la ville, maltresse du monde; ie veux que Paul, le subtil iuif, soit all6 rendre visite a S6neque le Philosophe et ait ainsi mis en presence la sagesse d'Orient et celle d'Occident; ie veux que la tete de l'illustre converti de Damas roulant, en trois bonds, sur la pente v6n6r6e, trois fontaines aient iailli. Si nous nions de tels faits, attendons nous a ce qu'avant deux mille ans, on traite de 16gende l'entr6e des Pi6montais dams la Rome de Pie IX par la breche de la Porta Pia et l'existence de M. Ernest Nathan. En aucun lieu du monde, l'imagination, par ailleurs, ne doit se faire plus d6lib6r6ment reconstructrice. Si elle s'aide des r6cits de l'histoire, des d6couvertes de l'arch6ologie et des on-dit de la tradition, elle est capable de faire naitre devant mos yeux d'incomparables visions. Deux champs de p6lerinage d6concertent - me semble-t-il - plus particulierement ]e visiteur qui parcourt hativement Rome, le Forum et les Catacombes. Et ie n'en connais pas od pr6cis6ment i'aie plus intens6ment ioui de mes reves. Je ne disconviens pas que le Forum paralt assez mesquin a qui arrive a Rome, croyant d6couvrir a perte de vue, des rampes du Capitole, la place publique a tout iamais c6lebre od s'6levaient, clans les derniers ages de la R6publique et les premiers de l'Empire, les plus c61ebres monuments de la ville. Nos visiteurs voudraient y revoir les Temples des Dieux, les Basiliques od se pressaient les plaideurs, les Rostres d'oh Cic6ron parla, le sanctuaire des Vestales, l'enceinte des Comices et la Voie sacr6e par od le vainqueur s'acheminait vers le Capitole. Pour moi, ie n'ai pas tard6 a revoir ces lieux c6lebres, a les revoir pleins de vie et de couleur, avec les boutiques aux brillants 6talages, les corteges de patriciens, la foule grouillante de la plebe cosmopolite. Ces Arcs, qui ont acquis une grandeur de plus aux outrages qu'ils ont recus, me suffisent a 6voquer les corteges triomphaux qu'ils virent passer. Ces quelques colonnes tronqu6es sont pour moi d'excellents t6moins qui me ramenent aux cultes que la Grace 16gua a la Rome du dernier siecle avant l'ere chr6tienne. Je releve tres

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