TURIN a son heureuse situation au debouche du col du Mont-Cenis et a l'endi-oit oh le P6 devient navigable, sur la route directe de Paris a Rome. Rappelons que le beau fleuve, qui arrose Turin, prend sa source a la frontiere de France. La population de Tul~in n'a cesse de cro?tre clans des proportions considerables. De 230.000 habitants en 1881, elle etait de 355.800 en 1898. C'est une peuplade gauloise, les Taurini, dont elle fut la capitale, qui fonda Turin. Grand centre administratif, capitale militaire de l'Italie, elle possede une Universit6, fondee en 1412, restaur6e en 1632 par Victor-Am6dee, l'une des plus importantes de l'Italie et comptant 2500 etudiants, une Acad€mie des Sciences renommee, une Bibliotheque Nationale renfermant les archives diplomatiques du royaume de Sardaigne. Dans les dernieres annees, son industrie s'est developp6e d'une faeon prodigieuse mais meritee par un labeur incessant : 6toffes de soie, vermouths, bijouterie, epicerie, automobiles. Ce qui la favorise extraordinairement, c'est qu'elle commande non seulement toutes les routes des Alpes vers la France, mais encore quantite de lignes importantes de chemins de fer: vers Bardonneche et le tunnel du Mont-Cenis, Lanzo, Chivasso, Alexandrie, Coni et Pinerolo. Durant les premieres heures que l'on passe a Turin, on ne voit rien, ou a peu pres, de son activite creatrice. Turin presente un aspect a part parmi toutes les villes d'Italie construites par des pretres suivant un plan systematique; elle est percee de rues a angle droit (comme en Amerique! mais hatons-nous de dire qu'elle n'a rien d'am6ricain..) et ces rues aboutissent toutes soit a des places monumentales, soit a des boulevards (corsi) plantes d'arbres, soit aux quais du P6. Si toute la ville n'etait entour6e de collines, oti 6glises et villas sont 6parpill6es clans la verdure, si l'on n'apercevait les Alpes au loin, Turin paraitrait bien morne, bien grise malgr6 le beau soleil, bien monotone. Car c'est l'impression d'engourdissement provincial qui y domine, tout au moins durant la iournee. Au crepuscule, les rues prennent de l'animation, les faeades des nombreux cinematographes s'allument, les buveurs sont aux terrasses, la foule bavarde stationne sur les places. La nombreuse population ouvriere du quartier moderne, lequel s'eleve a c6te de la Gare centrale, envahit la vieille ville. Et il ne cesse de Charles:All)ert, par Horace Vernet (Musee de Turin). caqueter et de rire, ce bon peuple d'Italie, si optimiste parce que si courageux... On ne se croit plus alors clans une vieille province noble et melancolique, d6daigneusement silencieuse, mais dams notre bouillante Marseille ou bien a Naples. Dams la meme atmosphere chaude, c'est la meme joie vibrante, rapide, remuante, les memes couleurs crues, le meme pale-mele d'humanites disparates. Et ce kinemacolor vivant est, semble-t-il, le complement oblige, et agreable, de toute exposition. 47
RkJQdWJsaXNoZXIy MTUzNDA1OQ==