Livre d'Or Français

TURIN, IIISTOIRE ET ART Philibert et celui de Charles-Albert, par Marocchetti, ce dernier comptant, parmis ses figures, une femme tendant une couronne d'6pines, qui est bien l'une des choses les plus parfaites de la sculpture contemporaine. j'aurais voulu, comme n'y manque iamais tout bon Turinois, vous 6gayer devant le monument du duc de Genes, l'un des plus cocasses qu'on puisse voir. J'aurais voulu vous mener au petit mus6e Lombroso, si 6difiant clans ses terreurs, mus6e de science si humaine. Nous aurions fait visite a notre ami Guglielmo Ferrero, l'historien de Rome, au sculpteur Bistolfi dont I'ceuvre restera comme l'une des plus pures de I'Italie contemporaine, et qui garde dams le d6vergondage fun6raire d'auiourd'hui le calme et la dignit6 les plus louables. j'aurais voulu vous mener enfin a la villa della Regina, d6licieuse oasis francaise, d'un style 6mouvant pour nous. Mais voici longtemps que nous foulons le pass6. 11 est temps de p6n6trer dams la Turin glorieuse de l'heure pr6sente. % %4g Montons pourtant, avant d'entrer a l'Exposition, montons a la Superga. Ayant vu en passant le chateau de Valentino que Christine fit Clever en souvenir de la France, et qui semble transport6 Ia des bords de la Seine, nous sautons le P6 et trouvons les collines od la glorieuse tombe des Savoie rayonne sur le Pi6mont tout entier. Voici le ruban du beau fleuve, et celui de la Dora qui ceinturent la ville et se bouclent a mos pieds. Les domes de Juvara et de Guarini tournent dams l'air pur qui vient des Alpes dont le rideau frang6 de neiges s'6tend au lointain. A droite et a gauche, la grande plaine fertile du Pi6mont fait onduler ses c6r6ales et ses bois. Nous revoyons ici, mais par l'autre c6t6, le paysage apereu lors de la descente de Suse, et le voici plus grandiose encore par les Alpes solennelles, rempart magnifique a l'abri duquel Savoie laboure obstin6ment son champ, et le fertilise. Savoie a bien place ici la tombe de ses enfants, embrassant d'un coup d'ceil tout son domaine si p6niblement acquis, a force de patience et d'a propos. Le petit-fils de Christine, le premier qui prit le titre de roi, 6leva cette tombe vraiment royale de la Superga, et, cette fois, Juvara tut a la hauteur du dessein. La Superga n'est qu'un dame, et elle l'est iustement. Tombeau, tout est sacrifi6 a cette destination. Et le grand batiment qui lui est accol6, de m6me que le portique, disparaissent sous la maiest6 de la rotonde fun6raire. Juvara avait dti, sans doute, bien regarder le dame de Michel Ange. C'est d6ia beaucoup de n'en avoir point fait la caricature, mais presque la copie. Sous cette coupole, les rois de Sardaigne, depuis Victor Am6d6e 11 iusqu'a Charles Albert, peuvent reposer en paix. 39

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