Livre d'Or Français

TURIN, IilsTOIRE EI ART Plac6e entre la France et l'AIIemagne d'une part, de l'autre l'Italie, elle est 6ternellement comprim6e, et tout ce qu'elle pear faire, dams les rares moments od elle respire, c'est de recevoir ce que les passants lui apportent, sans iamais cr6er. Habitu6e a copier, c'est le pays vers lequel elle tend d6sormais les bras pour se l'adioindre - ou s'y confondre avec abn6gation - qu'elle imite. Et le peu qui se voyait de l'art septentrional, derriere ses murs, disparait presque completement grace a la fureur, qu'on peut croire haineuse, qui poussa tout le XVIIIme siecle italien a d6truire l'art antique et celui de la Renaissance. Les Savoies firent ce qu'ils purent en ce sens; ils ne pouvaient heureusement pas beaucoup, puisqu'il n'y avait pas grand'chose. En tout cas, si Turin auiourd'hui offre un int6ret pour l'histoire de l'art italien, c'est qu'elle nous montre en raccourcis ce que |e XV||me et le XVIIIme siecles italiens ont r6alis6 de mieux. La mentalit6 francaise tut a ce moment un frein utile; elle. inspira a Turin le bon go fit qui la retint en quelque facon au milieu de l'orgie baroque. Et les palais assez mod6r6s de Turin peuvent se regarder comme des modeles, quelque chose comme les ceuvres de ieunesse de Bernin, d'un Bernin sans 6Ieves encore. Avant de nous arreter a cette Turin-la, si typique, ietons un rapide coup d'ceil sur la Turin romaine, sur la Turin romane, sur la Turin gothique et sur la Turin de la Renaissance. Quelques restes d'enceinte, la porte palatine avec ses deux tours en briques et a seize pans, un theatre enfoui encore dams les sous-sols du palais-royal, et quelques bronzes au mus6e, voila tout ce qui reste de la vieille « Augusta Taurinorum », t6moignages suffisants pour rattacher la cite au vieil empire, insuffisants pour nous retenir davantage. Ne nous retiendront pas beaucoup plus les t6moignages romans et gothiques. Des premiers, deux principaux subsistent, l'un, le campanile de Sam Andrea, l'autre un fragment de mosa.I.que venant du presbytere de Sam Salvatore. Dams une rue 6cart6e, au detour du tramway, tout-a-coup le campanile de Sam Andrea apparait, d'un effet 6trange, d'autant plus que 6glise semble l'iniurier de son faste. Celle-ci est d'un baroque mod6r6 clans ses ornements. Mais clans ses lignes! On avait l'6glise a croix latine, a croix grecque, la ronde comme a San Stefano Rotondo de Rome; il fallait bien l'ovale, en attendant l'elliptique ou la serpentine. San Andrea est ovale. Et devant, bien entendu, un portique grec. Le campanile roman a c6t6 de cet ovale et de ce portique fait une dr6le de figure. 11 ne tarde pas a tout 6clipser. La masse carr6e de ses huit Stages, soulign6e de fines arcatures, prend meme du voisinage une maiest6 impressionnante. L'6glise qu'il flanquait, et qu'a remplacee l'ovale, devait 6tre « clans son go fit », belle fleur sem6e la par les hordes septentrionales, premiere empreinte des conqu6rants sur le souple Pi6mont. De la p6riode gothique, il reste deux t6moins importants, et relativement bien pr6serv6s des injures des hommes qui reiettent trop souvent sur 34

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