TURIN. HISTOIRE ET ART Christine la secoua en 1703, et reeut de 1'empereur en recompense le titre de roi, avec la Sicile, troqu6e bient6t contre la Sardaigne. C'est lui dont Louis XIV deplore si amerement, et si ironiquement aussi, l'ingratitude. On lui avait fait I'honneur de lui prendre sa fille, que Saint-Simon nous empechera touiours d'oublier, pour la marier au futur roi de France, Ie duc de Bourgogne; il ne s'en souciait, et cheminait son petit chemin de Savoyard, au bout duquel il trouva une couronne ferm6e. La dynastie, alors, souffla un peu. EIle s'occupa a embellir la capitale desonroyaume,attendanttouioursl'occasion.Celle-civint,maiscontraire, sous la forme de la Revolution francaise qui renvoya les rois de Sardaigne enSardaigne.LecongresdeViennerenditTurinauroiVictor-Emmanueller, une Turin, un Pi6mont modernises clans toutes leurs institutions. victorEmmanuel n'y comprenait rien pas plus que Louis XVIII revenant en France a la m6me 6poque. 11 fut chass6 et remplac6 par son frer,e CharlesFelix qui ne voulut, Iui non-plus, rien entendre. Et, a peu pres au m6me moment oh les Orleans montaient sur le tr6ne de France, arrivait au tr6ne deSardaigneCharles-Albert,delabrancheSavoie-Carignan,etquirestait, comme les autres, tout pantois devant les exigences de ses suiets. Mais, comme ses anc6tres, il 6tait prudent, secret, gagne-petit trotinant. En 1848, il trouva aupres de lui des hommes iesolus, a la t6te desquels 6tait Cavour dontsonfilsvasimerveilleusementseservirpourlaiesurrectiondeI'Italie. La destin6e de Charles-Albert se termina tragiquement a Novare. Son fils Victor-Emmanuel 11, celui dont on vient d'6riger le monument a Rome, Iui succ6da, et ce n'est plus 1'histoire du Pi6mont, ce n'est plus I'histoire de Turin, c'est celle de l'Italie oh nous n'avons pas a entrer. Qu'avait fait de et pour Turin cette race magnifique de patience, d'adresse et quelquefois d'6nergie? 11 nous reste a l'examiner. # ## Ce n'est qu'avec Am6dee VIII, c'est-a-dire au commencement du quinzieme siecle, que Turin devint la capitale du duch6 de Savoie. Jusque la, Turin menait une petite vie modeste, sans Get 6clat communal dont brillent ses scours d'Italie. Italienne g6ographiquement, franeaise politiquement, ethniquement celte et socialement feodale, rien ne la disposait a cette 6closion artistique personnelle qui marque si particulierement leg petites villes de l'Italie. Aussi n'est-ce qu'au moment des rois qu'elle prend veritable figure de capitale; ce moment des rois, c'est le XVIIIme siecle, et il y a beau temps que I'Italie a iet6 toutes ses fleurs les plus belles. La France est la d'autre part rayonne de tout son prestige. Turin n'avait pas grand chose a €onserver; elle se donne tout entiere a I'art italien du XVIIIme siecle, Ie molns pur de tous les arts de l'Italie. Son sort est tres net. 33
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