TURIN, HISTOIRE ET ART prudent, gagne-petit, adroit et subtil. Tandis que les convoitises germaniques et franques se ruaient vers la Lombardie, Ia Toscane, I'Ombrie, Ia Campanie et la Sicile, Savoie ouvrait inlassablement sa porte aux armees, ne demandant, en 6change d'un tour de clef, qu'un peu de terre. zA Suse, Savoie adioint aussi peu a peu, lambeau par lambeau, Ivree, Nice, Aoste, Turin elle-m6me enfin, libre commune iusqu'alors; et ce tut Am6d6e VIII, en 1418, qui choisit d6finitivement Turin pour siege du duch6 qu'ilvenaitdegreffersurlecomt6deSavoie.Lapremierepierreestpos6e; il n'y a plus qu'a batir. Le regne d'Am6d6e se termina splendidement : apres avoir dots son duch6 des plus modemes inventions sociales, telles que des lois soigneusement codifi6es, il se retira clans un monastere od le conclave vint le chercher pour le faire pape, anti-pape du moins. Mais il 6tait trop de la famille pour se risquer ainsi. 11 renonca bient6t a la tiare et I.etourna clans son monastere, d'oti il regarda grandir le petit duch6 qu'il avait augment6 de Geneve, de Verceil et du Bugey. Cet esprit de prudence et de modestie, son fils le poussa un peu trop loin. Pouvant, a la mort de Visconti, s'emparer de Milan, qui craignait Sforza, il h6sita, n'osa pas, et, malgr6 les obiurgations iniurieuses de ses fils, se sauva iusque chez son gendre, Ie roi Louis XI. Mal lui en prit. Sans l'adresse de ses successeurs, le duch6 de Savoie ne tardait pas a tomber aux mains des rois de France. 11 finit meme par y tomber en 1536. Mats l'Autriche veillait. Entre celleici et la France, le Pi6mont aurait pfi 6tre 6cras6. L'agilit6 de ses duos, Ieur prestesse a passer de l'un a l'autre parti, sans iamais se compromettre tout-a-fait, Ie sauva. Emmanuel-Philibert pour prix de ses services - il fut le vainqueur de Saint-Quentin - obtint, par le traits de Cateau-Cambr6sis, Ia restitution de son duche dont il est consid6r6 comme le second fondateur. 11 choisit Turin pour le siege de sa cour, l'entoura de fortifications, batit une citadelle, et, fait capital, symbolique au premier chef, et qui va donner le signal des nouvelles destin6es, il prescrit que la langue italienne sera officielle a l'6gal de la francaise (1560). Son fils Charles-Emmanuel sembla charge par le destin des Savoisiens de donner a leurs enfants la lecon salutaire du mauvais exemple. A peu pres le seul de la famille, il se montra impatient, brouillon, impetueux et cyniquement ambitieux. Notre Henri IV le mata rudement. Encore uhe fois le duche retomba sous la main francaise. Pour le mieux tenir, Henri IV donna sa rille Christine au fils de Charles-Emmanuel, Victor-Am6d6e ler, qui mourut fidele a la France. Christine, Madame-Royale, 6tait une forte femme. Elle regne au mom de ses deux fils, qu'elle defend hero.I.quement contre leurs oncles auxquels s'allient les Espagnols, tandis que les Franeais viennent au secours de la fille du born roi Henri. Et le iour oti elle rentre clans Turin, c'est en habits de deuil, puisqu'elle vient de vaincre ses suiets. L'a]liance francaise devenait on6reuse cependant. Le petit-fils de 32
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