Livre d'Or Français

FLORENCE ment artistique de ces hommes, et voila pourquoi ils pensaient que l'art est la plus complete et magnifique expression de la valeur humaine. Le meme Don Battista Alberti, l'auteur de la facade de Ste-Marie Nouvelle, conseillait aux artistes «de se d6lecter des poetes et des orateurs, car ceux-ci ont assur6ment avec le peintre bien des beaut6s` communes ». Et Vasari croyait faire a l'artiste un grand compliment (dont beaucoup d'auiourd'hui s'indigneraient) en disant d'une fresque de Ghirlandaio : « c'est une conception digne d'un philosophe plut6t que d'un artiste ». Car pour eux l'616ment essentiel de l'art 6tait la pens6e. Que l'on comprenne bien lorsque Leonard de Vinci 6crivait : « Ia peinture est avant tout intellectuelle », - il n'entendait pas donner la formule de l'art id6ologique, abstrait, que d'autres g6n6rations ont connu. 11 pensait surtout aux faidements scientifiques des beaux-arts, que les artistes d'alors ont passionn6ment 6tudi6s. 11 pensait aussi a l'acte purement rationnel qui, pour lui et ses contemporains, disciples fervents de l'6cole platonicienne, intervient n6cessairement dams la creation artistique : s'il est vrai que la beaut6 est un reflet de l'id6e divine, qu'il n'y a done de beauts que celle que la raison peut gofiter en m6me temps que les sens et appr6cier clairement, et point seulement par «ces deux fenetres corporelles » que sont les yeux; -s'il est vrai que l'ceuvre d'art est et doit etre, non une reproduction spontan6e, intuitive de la nature, mais « Ie r6sultat d:une operation accomplie par I'esprit humain sur les choses ». De la vient (ce que le voyageur ci Florence ne doit iamais oublier) l'importance exceptionnelle qu'on attribuait alors a l'homme, parmi tous les obiets de l'art : il est celle des creations de la nature oti transparait avec le plus de force, « il est, ayant en lui toutes les valeurs et proportions du monde plus beau, mieux fait, plus merveilleux que tout le reste du monde». Et encore : comme l'artiste opere, sur les creations de la nature, une sorte d'id6alisation qui fait l'obiet plus conforme aux lois 6temelles du beau, il r6sulte que l'ceuvre d'art est plus belle que la nature. Quelle flamme d'enthousiasme une telle conviction allumaitau cceur de ces artistes! Allez voir, dit Lomazzo, peintre et critique de la seconde moiti6 du du Xvle siecle. - Allez voir les ceuvres finies -il est dommage qu'il y en ait si peu de Leonard de Vinci; voyez la L6da nue et le portrait de Mona Liza, napolitaine; qui sont a Fontainebleau, en France (h6las I ) et vous me direz si I'art n'est pas plus fort que tout, s'il n'est pas plus puissant sur les gens de gotit, que la nature e)le-meme >>. Ainsi l'homme prenait dams la nature ce qu'elle avait de meilleur, et du meilleur de lui-m6me glissait avec cela une essence merveilleuse. De la force et de la grace, - de 1'audace et du bon sens, - de la grandeur sans emphase, de la sev6rit6 sans froideur, une technique 28

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