Livre d'Or Français

FLORENCE Que ces proph6ties d'un avenir fait d'activit6s croissantes n'effrayent pas ceux qui tiennent avant tout a la po6sie de Florence. Les pouvoirs publics, la comme clans le reste de l'Italie, sont soucieux de conserver cette richesse nationale. Du pittoresque de Florence on sauvera tout ce qui peut 6tre raisonnablement sauv6. Mais le pittoresque n'est qu'une sorte, et peut 6tre inf6rieure de po6sie. Que les ceuvres d'art soient ialousement prot696es, et m6me accrues en nombre et mieux mises en valeur, voila l'important. Est-il n6cessaire de laisser un chef-d'ceuvre de l'architecture du Xve siecle 6touff6 de masures qui datent du siecle dernier? Certes l'architecture et surtout la voirie modernes manquent de pittoresque. Cependant, le 'temps est si habile a en faire .... Et que l'histoire r6vele touiours mieux la vari6t6 et la force dont ces ceuvres sont l'image, r6vele les passions, l'imagination, la science du pass6, 6poque par 6poque : voila encore l'important. 11 se cr6e ainsi, au lieu d'une poesie vague, Iitteraire, plusieurs po6sies pleines de v6rit6, auxquelles la vie pr6sente aioute la sienne, pour qui sait la voir. La Coupole est assez grande et sa beaut6 assez 6ternelle pour les assembler toutes sous son ombre, a certaines heures, et en faire une seule emotion complexe et profonde. La complexit6 essentielle de l'ceuvre d'art, l'appel fait par elle a toutes les facult6s mattresses de l'ame humaine, - et, par suite, l'intime solidarite de tous les arts entre eux : voila peut etre, en effet, ce que Florence apprend de plus important a l'artiste modeme qui vient lui demander, en m6me temps que les images d'un pass6 splendide, des leeons pour lui m6me et pour son temps. Car ce style florentin de la Renaissance, si net, si pur, si constant, n'a que l'apparence de la sinplicit6. Pour le composer, Ies grands cr6ateurs de la fin du Xve siecle et du debut du Xvle en ont cherch6 Ies elements dams tous les domaines de ]a sensibilite et de la raison. Don Battista Alberti, dams son Dialogue sur la tranquilit6 de I'ame compose vers 1440, imagine que ses amis et lui se trouvant un iour r6unis clans l'int6rieur de la cath6drale, l'un d'entre eux dit: 11 est certain que ce temple a en lui la grace et la maiest6 r6unies. j'ai souvent senti, - avec une iouissance profonde, - ce m6Iange de d6Iicatesse 616gante, de robustesse et de plenitude ; chaque partie semble faite pour le plaisir des yeux, - mais on comprend que l'ensemble est une affirmation pour l'6ternit6. Aioutez qu'en ces lieux regne un perp6tuel printemps; quand au-dehors il vente, ou pluie, ou gele, ici nous trouvons un air tiede et tranquille... Et touiours des parfums p6n6trants... Et, ce que i'aime plus que tout, Ia suavit6 merveilleuse de ces voix qui chantent aux divins mysteres... » L'accord de tous les sens exaltes avec l'intelligence qui s'ouvre aux plus larges perspectives, tel 6tait le senti27

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