Livre d'Or Français

L y a, au Mus6e des Thermes, un morceau de marbre auquel, aussit6t de retour a Rome, ie cours rendre visite. C'est une tete 6trangement mutil6e - une tete d'Ariane, dit-on, mais qu'importe? - trouv6e a Subiaco, si rna m6moire me sert bien, il y a quelque vingt ans. Le visage est vraiment ravage, une des levres meurtrie, une paupiere bless6e, le nez affreusement 6cras6; mais te]le a 6t6 la beauts de cette figure qu'elle reste divine. En vain les siecles se sont acharn6s sur elle, elle semble les d6fier; l'expression, devenue peut-etre plus douloureuse, des traits saisit, attache, retient, ramene. La beaut6 a vaincu le temps et triomphe de ses outrages. Peut-6tre meme cette beaut6 ravag6e captive-t-elle plus qu'une Venus du Capitole, rest6e entiere en sa splendeur sereine. Cette Ariane, elle m'est apparue clans sa beauts mutil6e et triomphante, comme la repr6sentante de notre Rome. Sur la Ville aussi le temps s'est acharn6, et les hommes, ses complices. En vain, elle a 6t6, pres de deux mille ans, d6figur6e et ruin6e : sa douloureuse beaut6, faite de grandeur d6chue, et de po6sie grave, 6treint le cceur et, a tout iamais, I'enchafne. Quiconque a habit6 Rome lui reste 6trangement lie. Des ann6es peuvent passer sans qu'un iour, nous cessions d'etre fideles a celle que, tout comme ses anciens habitants, nous appellerions tout brievement : £a Vz.J/e. J'y ai v6cu deux ans; lorsque dix-huit mois apres, i'y vins passer encore trois mois, i'y rentrai - qu'on ne voie pas ici une formule - Ie cceur battant de tendresse et d'all6gresse. Ce que i'aime en Rome, c'est qu'elle est une victime de l'amour orgueilleux qu'elle a, dams tous les temps, inspire a ses maltres. Fiers

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